Matthias Klingenberg

Histoire orale, travail avec des témoins de leur temps et projets historiques en Asie centrale


Après l’effondrement de l’Union soviétique, les premières organisations internatio nales ont commencé à s’installer en Asie centrale, région encore isolée et totalement inconnue à l’époque, et ont ouvert des bureaux à Tachkent, Bichkek, Douchanbe et Almaty. Bon nombre d’entre elles ont alors commis l’erreur d’appliquer à la lettre, dans la nouvelle région cible, les orientations des programmes en vigueur dans le soi-disant tiers-monde, partant du principe que «ce qui est bon pour l’Afrique ne peut pas faire de mal à l’Asie centrale».

Elles ont malheureusement commis une grave erreur d’appréciation, étant donné la situation particulière qui prévaut dans les pays en transition de l’ex-Union sovié tique. Partant du principe que la situation intérieure dans ces pays était catastro phique et que les «masses critiques» n’attendaient que l’aide extérieure, les orga nisations internationales se sont fourvoyées sur les rapports entre gouvernements et populations. Elles n’ont pas tenu compte du fait qu’en Ouzbékistan par exemple, les populations rurales pauvres ont un profond respect de l’autorité, à la fois en tant que personnes et en tant que principe. Elles n’ont pas su voir que la démocratie et les droits de l’homme, ou encore le principe de liberté, égalité, fraternité sont des notions occidentales inconnues et incomprises en Asie centrale.

À quelques exceptions près, les projets n’ont donc pas été capables de concrétiser de manière durable et efficace les approches occidentales modernes comme la mobilisation communautaire, le plaidoyer ou la prise en compte de la dimension du genre. Ils n’ont pas pu s’intégrer, parce qu’ils étaient diamétralement opposés aux coutumes, aux traditions et aux rituels des sociétés postsoviétiques dans lesquelles ils étaient censés agir.

Cependant, ce sont justement des organisations américaines qui ont compris que le développement durable ne dépendait pas en première ligne de biens matériels (c.-à-d. d’infrastructures au sens du développement non durable), mais beaucoup plus du développement de la personnalité et de la stimulation des citoyen(ne)s dans les jeunes républiques; elles ont compris que le développement devait inévitable ment faire ce «détour», c’est-à-dire passer par l’être humain et son épanouissement. Il n’a malheureusement été que très rarement possible d’ «aller au-devant» des gens, de les extraire de leurs situations réelles et de leur faire changer de modes de pensée, et ce en dépit des paradigmes actuels d’appropriation, de partenariat local et d’action à la base.

Histoire et identité: pas d’avenir sans le passé

L’auteur présente ci-après la série de projets intitulée «Histoire et identité», qu’il considère comme une importante contribution au développement de sociétés citoyennes en Asie centrale. Loin d’être «catapultée» d’en haut, cette approche sait aller au-devant des groupes cibles et les accompagner. À la lumière des pro-jets historiques de DVV International en Asie centrale, il entend montrer que cette approche recouvre un large éventail de facteurs de développement et qu’elle est particulièrement efficace dans les pays d’ex-Union Soviétique. L’auteur explique en outre ce que signifie ancrer adéquatement les projets et les mettre en œuvre avec des partenaires sur place.

Les projets historiques réalisés par DVV International en Asie centrale s’articulent autour de trois axes:

  • travail social et travail avec les personnes âgées
  • renforcement de la société civile, citoyenneté active et démocratisation
  • travail sur l’histoire, création de nations et recherche d’identité

Dans ces trois domaines, il s’agit de projets d’éducation des adultes.

Le projet historique réalisé en Asie centrale a commencé en 2002 par l’ouverture d’un bureau à Tachkent (Ouzbékistan) et se poursuit jusqu’à aujourd’hui avec des priorités plus larges. Les débuts ont été consacrés à l’adaptation des méthodes de travail utilisées avec les témoins de leur temps en Russie, où les approches s’inspirant de l’expérience allemande étaient déjà en usage depuis longtemps. Au premier abord, on a tendance à penser que la Russie et l’Asie centrale sont identiques, ou du moins qu’elles ont beaucoup de choses en commun. Si l’on y regarde de plus près, on se rend compte que ce n’est absolument pas le cas. Il a donc fallu interpréter, retranscrire et transférer toutes les méthodes pour pouvoir les utiliser en Ouzbékistan, car c’est dans ce pays qu’ont eu lieu les activités initiales. La transcription de la méthode du «café de l’histoire» (en russe razgovorny café) en «salon de thé de l’histoire» (en russe/ouzbek razgovornaya chaikhona), car l’Ouzbékistan est un pays où l’on boit du thé, n’est que l’une des modifications les plus insignifiantes. Le respect des mentalités, de la religion et du caractère rural des populations, de l’appartenance ethnique et du niveau d’instruction représentait une tâche nettement plus ardue. En 2004, la première étape a consisté à former des animateurs ouzbeks, autant que possible des personnes «culturellement hybri des» bien au fait des deux cultures, c’est-à-dire de la culture locale d’une part, des approches et des méthodes d’autre part.

En 2005, cinq organisations allemandes ont organisé pour la première fois, à Tachkent, une conférence d’une journée suivie d’ateliers sur le thème «Histoire et identité: expériences germano-ouzbekes». Chaque organisation participante, entre autres l’Institut Goethe, le Service allemand d’Échanges universitaires et la Fondation Friedrich-Ebert, a travaillé sur le thème en utilisant sa propre approche. Pour sa part, DVV International a organisé des razgovornye chaikhony en coopé ration avec la fondation ouzbeke Mahalla (Mahalla étant à la fois un quartier et une unité administrative communale autonome). Le principe est le suivant: des personnes âgées, autrement dit des témoins de leur temps, se rencontrent dans une atmosphère chaleureuse autour d’un verre de thé et d’un plov, le plat national, et

Earthquake in Tashkent in 1966

Tremblement de 1966 à Tachkent Source: Office régionale à Tachkent

font le récit de leur vécu personnel et de leur histoire avec l’aide d’une animatrice de DVV International spécialement formée. On y invite des représentants des jeunes générations; les questions assez insolites qu’ils posent aux témoins de leur temps confèrent une dynamique supplémentaire à la rencontre et ouvrent en même temps un dialogue entre les générations. Chaque chaikhona est consacré à un thème particulier. Les thèmes sont choisis par les participants (aspect particulièrement important!): ce sont le plus souvent des thèmes de tous les jours, par exemple «le mariage il y a trente ans» ou «mon premier maître d’école», mais aussi des évé nements historiques, par exemple «notre mahalla au temps de la glasnost et de la perestroïka», qui sont présentés sous un aspect nouveau et plus personnel.

Thème: Le grand tremblement de terre de 1966

De concert avec la Fondation Mahalla et pendant la deuxième année d’interven tion du projet, DVV International a choisi parmi les nombreux sujets abordés lors des chaikhonas un thème de l’histoire récente de la République d’Ouzbékistan: le tremblement de terre de 1966, qui a pratiquement détruit la totalité des quartiers historiques de Tachkent et a été pour presque chacun de nos témoins un événement marquant de sa jeunesse ou de son enfance. La reconstruction de Tachkent en une ville soviétique modèle, y compris la destruction systématique (!) et totale de la vieille ville ouzbeke, a profondément changé la vie des habitants – l’ancienne ville orientale était perdue à tout jamais.

Après les premières séances sur ce thème, les participants ont exprimé le vœu de collecter les histoires les plus impressionnantes et de les publier. En 2006 et 2007, DVV International a organisé deux formations sur ce même thème avec l’aide de notre bureau de Saint-Pétersbourg et l’organisation russe «Obshestvo Snanie Or jel» (Société du savoir de la ville d’Orjel, Russie); le but était d’apprendre à écrire ses mémoires de façon à les rendre intéressantes pour les autres. Le processus a été long et difficile, entre autres en raison des nombreuses instances de contrôle auxquelles est soumise chaque publication en Asie centrale, mais à la mi-2008, le livre «Le tremblement de terre de Tachkent en 1966: les témoins de leur temps se souviennent»1 a pu enfin être imprimé. Outre les récits des témoins de leur temps évoqués plus haut, l’ouvrage essaie d’embrasser l’événement historique dans toutes ses dimensions, raison pour laquelle il a été complété par des articles de séismologues, d’historiens et de personnalités ouzbeks de l’époque.

La tendance à dédramatiser cet événement tragique et à en chercher les côtés positifs est perceptible dans la majorité des narrations: le récit de Mansura O., née en 1943 à Margilan dans la vallée de Fergana (Ouzbékistan), intitulé «La bonté maternelle», se termine par la phrase «L’unité est la plus grande des sagesses».2 C’est une conclusion morale et personnelle. Est-ce ainsi qu’un Allemand ou une Allemande terminerait le récit de ses souvenirs de la plus grande tragédie de sa vie? Est-ce de cette manière qu’il ou elle parlerait d’une catastrophe qui a coûté la vie à un nombre incalculable de personnes et transformé les habitants d’une ville entière en sans-abris? Certainement pas. Mansura n’est pas la seule, et Askar Obidov, de la Mahalla Suzuk Ota, à Tachkent, écrit pour sa part:

«La force naturelle qui a frappé les habitants de notre ville nous a unis, elle nous a rendus miséricordieux, serviables, sensibles, et nous a appris que nous devons nous entraider. Elle a montré que la paix dans notre pays, la santé et la quiétude sont des dons extraordinaires pour l’être humain».3

En Asie centrale, la recherche d’harmonie, d’équilibre, de cohésion et d’unité est particulièrement prononcée. De surcroît, certains traits particuliers de la mentalité ouzbeke impliquent que comparé à ses collègues allemands ou russes, le parti cipant ouzbek n’a pas l’habitude de parler de son vécu. Pendant nos premiers salons de thé du souvenir, la majorité des participants âgés avaient grandi dans une société collectiviste et ont eu tendance à dévier de leur histoire personnelle pour parler de l’ «Histoire», à se considérer comme une petite partie d’un tout. Il s’agissait aussi de se faire accepter de l’auditoire, composé lui-même de person nes de même mentalité qui n’appréciaient pas l’individualisme. La peur de passer pour un marginal en raison des souvenirs contés joue ici sans aucun doute un rôle important. Dans le salon de thé de l’histoire, la personne qui raconte transforme automatiquement les autres participants en auditeurs; ceci veut dire qu’elle se dis tingue de la masse pour occuper une position centrale, ne serait-ce que pendant la durée de son intervention. C’était, et c’est toujours une chose très difficile pour les Ouzbeks âgés et non instruits; cela demande une longue phase de préparation, et des animateurs spécialement formés. Le salon de thé de l’histoire exige également des comportements nouveaux de la part des auditeurs, car ils doivent commencer par apprendre à écouter. Comme nous l’avons évoqué plus haut, il n’est pas cou tume en Ouzbékistan de relater publiquement des faits négatifs ou douloureux; entre hommes, il n’est pas non plus d’usage de montrer sincèrement ses sentiments. Il a donc fallu préparer spécialement les participants à accueillir les récits.

Uzbek teahouse

Salon de thé ouzbek Source: DVV International

Le dialogue des générations a joué un rôle particulier dans les cafés du souvenir que nous avons organisés en Russie: il s’agit d’instaurer un dialogue entre plusieurs générations dans le but de discuter, de faire tomber les préjugés, d’éviter les conflits et d’apprendre les uns des autres. Jusqu’à aujourd’hui, la mise en œuvre s’avère particulièrement difficile en Ouzbékistan en raison des profondes traditions et des coutumes qui s’y opposent: la structure familiale patriarcale est dominée par le doyen de la famille et n’accepte pas les échanges à égalité entre les générations. Nous ne sommes parvenus que dans un nombre de cas très restreint à inciter les jeunes à poser ouvertement des questions, et les plus âgés à écouter sans préjugés. Les jeunes ont eu parfois interdiction d’accès aux salons de thé, mais il faut dire qu’ils n’ont pas non plus manifesté beaucoup d’enthousiasme à y participer. La participation des femmes s’avère également délicate, elles ne viennent que rare ment et sont très réservées. Ici aussi, la répartition traditionnelle des rôles constitue un obstacle.

La rédaction des souvenirs, que ce soit pour l’une des nombreuses publications du bureau ou tout simplement pour les témoins de leur temps et leurs familles, s’est elle aussi avérée épineuse. Nos participants ne sont pas habitués à écrire ni à rédiger des textes. Bon nombre d’entre eux n’ont pas eu l’instruction qu’ont aujourd’hui les retraités russes, par exemple. Après l’effondrement de l’Union soviétique, le russe est devenu une langue étrangère pour la majorité des gens, ce qui veut dire qu’ils s’expriment de moins en moins bien dans cette langue. Par contre, le niveau d’ouzbek parlé, mais surtout écrit, est généralement assez bas puisque l’alphabet utilisé a changé quatre fois en un siècle.4 À ceci s’ajoute la peur profonde, héritée de l’époque soviétique, d’exprimer des propos personnels pouvant être interprétés comme une manifestation d’opinion (!) et, en ce qui concerne le livre du souvenir, de fixer son opinion par écrit. En général, les gens se sont habitués à rester dans le vague et à ne faire aucune déclaration définitive. Quinze ans encore après la déclaration d’indépendance, cette habitude ne disparaît que lentement de la vie ouzbeke, d’autant que la politesse impose de ne blesser personne par ses propos; tout ce qui est trop personnel est insolite, pas contrôlable à 100 %, et par consé quent évité. Ces deux facteurs se traduisent finalement par le fait qu’en gros, on dit et on écrit ce qu’on attend de soi et non ce que l’on a vraiment sur le cœur.

Une autre différence fondamentale avec notre projet en Russie est l’absence de thèmes conflictuels: en Russie, l’un des principaux objectifs du projet historique consistait à la fois en un travail de mémoire sur les expériences de la Seconde Guerre mondiale, et en une tentative de réconciliation avec les anciens ennemis allemands. Dans ce contexte, des réunions ont été organisées en Russie entre vé térans de guerre allemands et russes. L’aspect de la réconciliation n’est pas justifié en Ouzbékistan. Il y a bien entendu d’anciens membres de l’Armée rouge, mais le sujet n’est pas crucial étant donné que le territoire actuel du pays n’a pas été le théâtre direct d’opérations de guerre. Dans nos salons de thé ouzbeks, les thèmes sont plus «internes» et plus «restreints»: à quelques exceptions près, ils se réfèrent à des faits de dimension locale ou tout au plus «soviétique», comme dans le cas du travail sur la glasnost et la perestroïka.

Histoire et intégration régionale – conférence et semaine de projets en 2008

Au total, quatre conférences communes ont été organisées à Tachkent sur le thème «Histoire et identité». En 2008, le sujet s’intitulait «Histoire et intégration régionale». C’est un thème qui ne semble pas d’emblée relever de l’éducation des adultes mais plutôt des sciences politiques. Pourtant, avoir du succès au niveau régional requiert non seulement la volonté de coopération des plus puissants, mais aussi l’entente mutuelle et la volonté de cohabiter en paix de la part des habitants. C’est ici qu’intervient l’éducation des adultes. Convaincu de pouvoir apporter sa contribution, DVV International a invité à Tachkent 20 personnes âgées de tous les pays d’Asie centrale s’intéressant à l’histoire, pour organiser pour le premier salon de thé de l’histoire au niveau régional. Le point de départ de la rencontre était le passé commun partagé par les républiques d’URSS jusqu’à 1991 mais aussi, bien entendu, la curiosité de connaître le mode de vie dans les pays voisins devenus étrangers. Au début, les discussions ont tourné autour du passé commun et des différences actuelles, encore surprenantes pour certains participants. Chacun essayait de relativiser, de ne rien dire de politique, et était confiant qu’à l’avenir tout irait mieux, y compris la cohabitation régionale pacifique. Bref, l’ «harmonie centrasiatique» dans toute sa splendeur, jusqu’au moment où sans crier garde, un activiste âgé de Mahalla s’est levé et a demandé le micro. Il n’était pas certain que ce soit le moment propice pour sa petite intervention, a-t-il dit, et s’il avait le droit de parler de quelque chose de personnel et de très ancien, mais il en ressentait le besoin. Ses parents avaient été persécutés par Staline. Lui, orphelin, avait grandi dans un foyer pour enfants et avait été traité pendant toute son enfance comme une personne de seconde classe. Silence. Comme envoûté par les paroles de l’in tervenant entrecoupées de larmes, l’auditoire écoutait et prenait conscience des innombrables tragédies dont personne ne parle dans ce pays, dans cette région où l’on apprend dès l’enfance à ne pas montrer ses sentiments et à ne pas contre dire. Personne d’autre ne s’est levé pour conter son histoire, comme on aurait pu s’y attendre, et aucune discussion n’a eu lieu … mais la compassion sincère et l’admiration pour l’intervenant étaient palpables. L’activiste de Mahalla a remer cié «poliment» l’auditoire de son attention, essuyé quelques larmes, s’est rassis et a réintégré le public. Si nous avons relaté cet épisode tant en détail, c’est pour montrer les réactions que ces approches apparemment simples sont capables de déclencher. Comme l’a avoué l’intervenant à l’auteur à la fin de la réunion, c’était la première fois de sa vie qu’il évoquait un événement de sa jeunesse.

La manifestation organisée la dernière des trois journées d’intervention du projet au «Théâtre de la jeunesse d’Ouzbékistan» a eu un succès similaire. L’idée a surgi sans aucune «influence extérieure» alors que les témoins de leur temps se réunis saient pour préparer le livre sur le tremblement de terre. DVV International n’a fait que lui apporter son soutien et en assurer le suivi. Une adaptation dramaturgique des récits des témoins a été réalisée sous le titre «Le tremblement de terre du 26 avril 1966 à Tachkent. Les témoins se souviennent.» La projection était composée d’un film original et de photos, accompagnée de chansons célèbres de l’époque. Chose assez inattendue: les participants n’ont pas hésité à parler librement à la fin de la projection. Rustam Sagdullaev, acteur principal du film ouzbeko-russe «Tendresse», originaire de Tachkent et qu’on croyait mort, est intervenu et a déclenché un travail de mémoire chez les spectateurs. Il faut aussi se souvenir que jusqu’à aujourd’hui, le film «Tendresse» n’est toujours pas projeté en Ouzbékistan.

Une formation continue intitulée «L’histoire orale: un outil au service d’une meilleure entente dans les Balkans»5 a été proposée par Vanya Ivanova (DVV Inter national Bulgarie) à l’intention des animateurs du projet historique, en complément de la conférence et des trois journées d’intervention du projet.

Projets d’histoire au Kazakhstan et dans la République kirghize

Les conférences annuelles, auxquelles étaient également invités des partenaires originaires d’autres pays centrasiatiques et des régions voisines, ont contribué notablement à «exporter» le projet ouzbek. En 2006, en coopération avec l’Institut Goethe d’Almaty, la Fondation Friedrich Ebert d’Asana et l’Académie d’admi nistration publique présidée par le président de la République du Kazakhstan, une conférence a été organisée pour la première fois sur le thème «Migration et identité nationale» dans la capitale kazakhe. Si l’on en juge par les réactions des participants – «Nous avons absolument besoin de projets comme celui-ci au Kazakhstan», ou au contraire «Pourquoi s’occuper des personnes âgées, ça ne sert à rien» – le thème était absolument nouveau. Une excursion au camp stalinien d’Alghir, à 20 km de là, où la majorité des prisonniers enfermés pour y mourir étaient les enfants et les épouses des «ennemis du peuple» exécutés dans la ca pitale soviétique, a convaincu la majorité des participants de l’importance que revêt le travail de mémoire pour le Kazakhstan: l’idée de créer un projet russo centrasiatique commun pour l’amélioration des mémorials, avec l’aide de témoins de leur temps et les méthodes de l’histoire orale, leur est venue spontanément. Les expériences allemandes avec les (vestiges) des camps nazis ont pu être mises à profit, d’autant que bon nombre d’anciens camps se trouvent sur l’ancien territoire soviétique, même s’il est difficilement reconnaissable en tant que tel, et n’ont donc pas été transformés en musées.

Le mémorial kirghize d’Ata Beyit6 (près de la capitale Bichkek) partage le même destin. C’est là qu’à la fin des années 30 que, le père de l’écrivain kirghize Tchinguiz Aïtmatov 7 décédé récemment a été exécuté et enterré avec 136 autres «ennemis du peuple». Le mémorial, très sobre, se compose de plaques de pierre gravées, d’un baraquement et de la fosse commune proprement dite, et laisse le visiteur perplexe. La caserne voisine, qui abrite aujourd’hui la garde nationale du président, rompt d’une part avec l’atmosphère du mémorial et empêche d’autre part la construction d’un musée sur le site, car le bâtiment dans lequel avaient lieu les exécutions sert aujourd’hui encore de foyer pour les soldats et n’est pas ouvert au public. À ce jour, la République kirghize n’a pas, ou pas suffisamment, de sensibilité ni de perception publique envers ces événements historiques, sans parler du travail de mémoire. Notre partenaire, l’association kirghize d’éducation des adultes,8 est un réseau de 14 centres de formation pour adultes répartis dans l’ensemble du pays, et organise depuis 2007 des projets historiques. Les crimes staliniens évoqués plus haut ont été thématisés à plus ou moins grande échelle. Le livre «Taina Tschon Tascha»9 de la journaliste kirghize Regina Helimskaja, qui a découvert les exécutions d’Ata Beyit et a été la première à les thématiser publique ment, sert de lecture d’introduction. Le futur projet sur les mémoriaux évoqué plus haut aura lieu en coopération avec elle.

Ouzbékistan: trois nouveau sujets pour les années 2009 à 2011

C’est avec une certaine hésitation que DVV International a abordé le thème de la répression stalinienne, malgré l’intérêt particulier que représentent ces blessures traumatiques et profondes. En tant que représentants d’une organisation étran gère, nous craignions de nous mouvoir sur un terrain trop incertain. D’autant que l’attitude du régime actuel envers son propre passé soviétique en général et plus particulièrement pendant l’ère stalinienne, nous paraissait très ambiguë, pour ne pas dire impénétrable. Il ne faut pas oublier que la majorité des gouvernements et de leurs dirigeants s’inscrivent dans la continuité, ce qui est particulièrement vrai en ce qui concerne les cadres. Nous avons donc été d’autant plus surpris d’apprendre que notre coopération avec le Musée d’histoire de la ville de Kokand (dans la partie ouzbeke de la vallée de la Fergana) avait été acceptée sans pro blème. L’ouverture du Musée des victimes des répressions10 à Tachkent représente elle aussi une première étape du travail de mémoire. On rappellera cependant que la terreur stalinienne est un thème qui sert sans cesse d’argument politique: selon la «situation politique générale» qui prévaut dans la région, l’Ouzbékistan qualifie l’occupation soviétique d’ «oppression colonialiste», ou bien d’«âge d’or du progrès»; selon l’interprétation, le thème de la répression est soumis au débat, ou au contraire passé sous silence.

Conference “History and Identity”

Conférence «Histoire et Identité» Source: DVV International

En tout cas, ce thème est étonnamment présent dans l’esprit des personnes qui n’appartiennent pas directement aux générations concernées, comme l’a montré l’expérience du salon de thé de Tachkent décrite plus haut. À Kokand, on prévoit d’organiser des rencontres entre le dernier témoin de son temps et les jeunes générations; un forum sera mis à sa disposition, ses récits seront discutés avec les participants. Le projet, intitulé par les initiateurs locaux: «Les enfants des victimes de la répression à Kokand», consiste à faire un travail sur la discrimination, la marginalisation et la stigmatisation des enfants et des membres des familles des soi-disant vragi naroda (ennemis du peuple), et à le transmettre aux générations à venir.

Un autre projet historique doit être mis en œuvre pour la phase 2009-2011; il s’agit ici d’un autre aspect du passé soviétique de l’Ouzbékistan, non pas dans la vallée de la Fergana cette fois, mais dans la région de la mer d’Aral, qui appartient à la République autonome du Karakalpakistan.11 Avec son partenaire de longue date, l’ONG «L’héritage doré de la mer d’Aral», DVV International a l’intention de retracer l’histoire de la grande catastrophe de la mer d’Aral du point de vue de témoins de leur temps: les habitants de Moynoq12 évoquent le souvenir de l’eau, à l’époque où elle baignait le port de la ville, puis lorsqu’elle a commencé à se retirer, jusqu’à aujourd’hui, où elle a disparu.

Le but du projet est de montrer que chaque événement historique a une dimension individuelle et influe sur un destin personnel; que ce sont les destins personnels qui font entrer l’événement dans l’histoire; que dans le meilleur des cas, ce sont les destins personnels qui créent et façonnent l’événement dans sa perception à long terme, et non que l’histoire est écrite d’en haut. Le but est également de contribuer à mieux gérer le passé dans le processus de la quête d’identité.

Le troisième thème, intitulé «La catastrophe aérienne de l’équipe de football de Pachtakor du 11 août 1979»,13 a un caractère très particulier. À l’instar du trem blement de terre de Tachkent en 1966, le crash de l’avion et la disparition effective de toute l’équipe du club de première division de Tachkent est un événement qui reste gravé dans la mémoire ouzbeke du 20e siècle. Jusqu’à aujourd’hui, les nombreuses spéculations, suppositions et théories du complot qui planent sur l’accident maintiennent vivant le souvenir. L’appareil se rendait à un match à l’extérieur contre le FC Dynamo Minsk et avait de fortes chances de remporter la coupe soviétique. Alors qu’il survolait la ville ukrainienne de Dniprodzerzhynsk, le Tupolev 134a est entré en collision avec un autre appareil, également en route pour Minsk. Les passagers des deux appareils, soit 172 personnes, ont tous péri dans l’accident. La tragédie a profondément marqué la conscience collective ouzbeke.

Ces trois thèmes vont considérablement élargir la «zone de rayonnement» du pro-jet; les thèmes et les éléments nouveaux vont toucher des groupes cibles nouveaux, spécialement hors de la capitale, et donner en même temps aux partenaires et aux acteurs expérimentés la possibilité de tester leurs acquis dans d’autres contextes.

Créer un portail d’histoire contemporaine en Asie centrale

Quelle est, ou pourrait être, la perspective à long terme de ce projet historique?

Lors de la conférence évoquée plus haut, organisée en mai 2008 à l’université nationale Mirzo Ulugbek de Tachkent et intitulée «Histoire et intégration régionale», l’auteur a exposé devant un public spécialisé son idée de créer un réseau régio nal d’histoire orale. Le projet s’intitule «Identifier les points communs, surmonter les points de discorde»14 et se réfère, aussi bien sur le plan technique que mé thodologique, au portail d’histoire contemporaine «eines tages»15 du magazine allemand Der Spiegel, sur lequel des témoins de leur temps partagent leur vécu et leurs souvenirs avec un large public. En Asie centrale, l’idée est de créer un portail similaire pour les témoins de leur temps originaires de la région, qui complèterait virtuellement le réseau d’histoire orale, que l’on peut déjà considérer comme opé rationnel vue la portée des projets appuyés par DVV International. Le travail avec les témoins de leur temps pourrait ainsi contribuer à identifier les points communs et à surmonter les points de discorde. C’est une approche absolument indispensa ble pour les pays de la région, qui ne peuvent survivre qu’ensemble (problèmes d’alimentation en eau en Asie centrale), mais sont en profond désaccord.

Étant donné le risque de conflit latent qui prédomine entre la presque totalité des États, le dialogue sur des thèmes apparemment apolitiques et peu conflictuels ne peut être que bénéfique.

La Turquie et l’Arménie: jeter les ponts du dialogue et de l’entente

Le bureau régional de DVV International à Tachkent n’est pas seulement responsable de l’Asie centrale, mais également des pays du Sud-Caucase, à savoir l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie. DVV International a ouvert dans chacune des trois capitales un petit bureau qui emploie du personnel local. Nous avons sans cesse encouragé ces deux régions à coopérer, car elles se ressemblent beaucoup de par leur passé soviétique commun, mais diffèrent considérablement l’une de l’autre pour avoir évolué de manières divergentes depuis 1990. L’héritage du passé com mun qu’elles travaillent chacune à sa manière donne un caractère particulièrement intéressant à l’apprentissage mutuel. Ceci nous a encouragés à organiser des rencontres annuelles entre représentants de diverses organisations partenaires des deux régions, à utiliser un pool commun d’experts et de formateurs, et à échanger nos points de vue. Notre bureau arménien et quelques partenaires à Erevan ont eu l’idée de mettre à profit le travail sur l’histoire pour l’Arménie, en s’inspirant de nos projets ouzbeks. Mais il s’est très vite avéré que le travail sur l’histoire et la réconciliation réalisé par DVV International dans les Balkans s’adapte parfaitement bien au contexte arménien dans la mesure où les conflits, dans ces deux régions, se fondent sur une interprétation et une instrumentalisation très contradictoires de l’histoire. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne le conflit arméno-turc, qui repose sur une interprétation et sur une définition historiques du massacre des Ar méniens de l’actuelle Anatolie orientale par les jeunes Turcs (1915-1917). Le conflit actuel entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, qui a entraîné la guerre du Haut-Karabakh (1992-1994) encore irrésolue à ce jour, s’inscrit également dans ce contexte.16

Ici se pose la question de savoir sous quelle forme l’éducation des adultes peut agir et dans quelle mesure nous n’avons pas affaire à un conflit politique provoqué par les politiciens mêmes et ne pouvant par conséquent être résolu que par eux mêmes, à «leur» niveau. Nous répondrons que l’éducation des adultes peut aider à réduire les préjugés et les stéréotypes, et qu’elle ne manque pas d’avoir des effets bénéfiques sur la désescalade et la réconciliation, au moins au niveau de la cohabitation entre les populations concernées. Nos projets dans les Balkans et la Fédération de Russie, axés sur le travail de réconciliation, prouvent que ceci n’a rien d’utopique et que les succès sont à la fois réels et «mesurables».

En octobre 2007, des journées arméniennes de l’éducation des adultes ont eu lieu à Erevan, dans le cadre desquelles était organisée la conférence «Éducation des adultes et dialogue interculturel à la croisée des chemins du millénaire». Pour la première fois, notre bureau a invité des représentants turcs: l’intervention du professeur Dogˇu Ergil, du département Comportement politique de l’université d’Ankara, intitulée «Histoire commune, identités particulières», a fortement capté l’attention du public arménien et déclenché une vive discussion. À ce jour, les deux nations ennemies n’entretiennent pratiquement pas de contacts, de sorte que la présence du professeur turc était déjà une sensation en soi. Cette expérience plus que positive – car ce n’était qu’une expérience puisque la réaction des participants arméniens aux thèses défendues par le professeur était totalement imprévisible- nous a encouragés à organiser, en 2008, une action essentiellement dédiée au thème de la réconciliation turco-arménienne.

Du 6 au 10 novembre 2008, un atelier commun intitulé «Histoire et identité: jeter les ponts du dialogue et de l’entente» a par conséquent été organisé à Erevan avec des scientifiques turcs et arméniens, sous la direction de Vanya Ivanova.

L’idée de départ était bien sûr de faire connaissance, mais aussi de développer en commun des idées pour de futurs projets de coopération. Dès la planification de l’atelier, nous savions que ce ne serait pas forcément facile et comme il fallait s’y attendre, la majorité des discussions ont tourné autour des massacres de 1915

Publication about the Earthquake published by DVV International in Tashkent

 

 

 

 

Publication sur le tremblement publiée par DVV International à Tachkent

 

 

 

 

à 1917 du point de vue du droit international, c’est-à-dire autour de la question de savoir si oui ou non, il y a eu génocide. Il va de soi que la question n’a pas pu être résolue lors de notre séminaire; néanmoins, les participants sont parvenus à trouver un langage commun en évitant les sujets épineux, et ont proposé quatre projets:

  1. organisation d’un camp d’été pour jeunes adultes turcs et arméniens;
  2. préparation d’un livre d’histoire sur les approches communes d’écriture de l’histoire du 20e siècle (titre: «Sharing Common History»);
  3. réalisation d’une étude sur les préjugés des jeunes adultes en Turquie et en Arménie;
  4. réalisation d’un projet avec des témoins de leur temps et d’interviews en Anatolie orientale et en Arménie.

Ce ne sont encore que des idées et nous ne savons pas si elles seront concrétisées, ni dans quelle mesure cela pourrait se faire. Cela dépendra d’une part des fonds disponibles et d’autre part de la volonté des parties prenantes de poursuivre le dialogue initié pendant l’atelier. Étant donné que DVV International se concentre plus spécifiquement sur le travail avec les témoins de leur temps, nous avons eu l’idée de combiner les quatre propositions, ce qui donne le résultat suivant: un camp d’été pour jeunes adultes des deux pays, consacré à l’histoire orale et au travail avec des témoins de leur temps. Le but est de fournir aux participants les bases nécessaires à la compréhension des méthodes d’histoire orale et de conce voir, ensemble, de petits projets avec des témoins de leur temps pouvant être mis en œuvre plus tard dans les pays d’origine. On prévoit de réaliser l’évaluation de ces miniprojets l’année suivante, dans le cadre d’un second camp d’été en Turquie. Nous pensons, en l’occurrence, interviewer des citoyennes et des citoyens âgé(e)s de Turquie et d’Arménie sur les rapports arméno-turcs au sens large du terme. Les résultats, c’est-à-dire les récits collectés, seront publiés l’année suivante. Des ethnologues de l’université Sabancı d’Istanbul et de l’académie des sciences d’Erevan se sont déclarés prêts à donner l’impulsion nécessaire, avec l’aide de formateurs de DVV International.

Le philosophe et théologue danois Sören Kierkegaard a dit un jour:

«La vie est vécue en direction du futur, mais seulement comprise en direction du passé».17

Si DVV International et ses projets historiques peuvent favoriser cette compréhension du passé et encourager les humains à vouloir comprendre, ses actions auront alors atteint leur objectif et apporté leur contribution à la construction d’États nationaux et à l’intégration régionale, pas seulement en Asie centrale.

Armenian-Turkish Workshop

 

 

 

 

 

Atelier turc-arménien
Source: DVV International

 

 

 

 

Notes

1 La publication est disponible gratuitement sous info@dvv-international.uz
2 Günther, Klingenberg, Krumm, Ryssel (éd.): Geschichte und Identität II: Usbekistan und Deutschland im 20. Jhdt. Taschkent 2007, page 142.
3 Klingenberg (éd.): Taschkenter Erdbeben 1966. Erinnerungen von Zeitzeugen. Taschkent 2008, page 129.
4 Au début du 20e siècle, l’ouzbek utilisait l’alphabet arabe; il a ensuite utilisé le latin, puis le cyrillique et après l’indépendance, à nouveau le latin. On constate actuellement une tendance à revenir au cyrillique.
5 À ce propos, consulter la page web du projet: www.historyproject.dvv-international.org
6 En kirghize «Le tombeau de nos pères».
7 Tchinguiz Aïtmatov, décédé le 10 juin 2008 à Nuremberg, est lui aussi enterré aux côtés de son père à Ata Beyit.
8 Pour plus de détails, consulter www.nst.dvv-international.uz/contacts_kaov.html
9 Helimkaja, Regina: Taina Tschon Tascha (Le secret de la colline de Tascha), Bichkek 1994.
10 Voir également: www.ce-review.org/02/5a/CER-museumJB.html
11 Le Karakalpakistan est une république de 160 000 km² officiellement autonome; c’est en fait une région administrative de l’Ouzbékistan. L’ethnie des Karkalpake est plus proche de la culture kasakhe que de l’ouzbeke, notamment par sa langue. La région est fortement touchée par l’assèchement de la mer d’Aral et ses conséquences (entre autres la salinisation). Voir également: karakalpak.homestead.com und/ oder en.wikipedia.org/wiki/Karakalpakstan
12 Voir également: en.wikipedia.org/wiki/Moynaq
13 À ce sujet, consulter: www.ferghana.ru/article.php (en russe).
14 Klingenberg, Matthias: Neue internetgestützte Angebote der Zeitzeugenarbeit in Deutschland. Zum Beispiel die Onlineplattform eintages.de des Nachrichtenmagazins Der SPIEGEL, in: Bomsdorf, Günther, Hussner, Inomjonov, Klingenberg, Lapins (éd..): Geschichte und Identität IV: Regionale Integration und Geschichte. Taschkent 2008, p. 142 et suivantes.
15 Cf. einestages.spiegel.de/page/Home.html
16 Un accord de cessez-le-feu est entré en vigueur le 12 mai 1994. Pendant la guerre, les troupes de la Ré publique du Haut-Karabakh et l’armée arménienne ont pris le contrôle sur de grandes parties du territoire revendiqué par le Haut-Karabakh. La guerre et les affrontements qui ont précédé ont fait 40 000 victimes et déplacé un million de personnes.
17 Sören Kierkegaard: Die Tagebücher 1834 –1855, Munich 1949. 

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