Uwe Gartenschlaeger

La formation pour améliorer l’existence – projets d’éducation et de formation professionnelles dans les pays en transition


«C’est certainement bien d’écrire sur des périodes de mutations, mais on n’aimerait pas les vivre soi-même.» Tels furent les mots d’un dissident soviétique au milieu des années 90 pour formuler dans l’essentiel la façon d’appréhender la vie d’une grande majorité des Européens de l’Est. L’euphorie provoquée au terme des années 80 par une liberté fraîchement acquise et une vision optimiste de l’avenir avait rapidement cédé la place à la constatation décevante que beaucoup de gens étaient contraints de lutter rudement pour réussir à avoir part à cette «bonne époque nouvelle». Les adultes notamment – davantage les hommes que les femmes d’ailleurs – avaient (et continuent d’avoir) le sentiment d’être dépassés quand il fallait faire preuve de la souplesse mentale nécessaire pour se réorienter – et s’établir de nouveau. Un Européen de l’Ouest qui n’a jamais vécu cela ne peut que difficilement s’imaginer les efforts et les sacrifices que cela nécessite.

Chez DVV International, il devint bientôt clair que l’éducation des adultes avait un rôle décisif à jouer dans ces bouleversements historiques. Deux raisons nous poussèrent principalement à relever ce défi:

  • Traditionnellement, la Confédération allemande pour l’éducation des adultes entretenait de bonnes relations avec ses organismes homologues en Europe de l’Est et dans l’Union soviétique. Ceux-ci – en dépit de toutes les divergences d’opinions politiques – étaient des membres respectés de la famille européenne de l’éducation des adultes. Des pays comme la Yougoslavie comptaient durant les années 60 et 70 au nombre des plus grandes nations avec, pour certains, des systèmes et innovations exemplaires.
  • DVV International reçoit le soutien du ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ) dans le cadre des activités de promotion des structures sociales. Cet outil de promotion est

    «devenu un instrument essentiel de la politique de développement, employé pour satisfaire les besoins fondamentaux et lutter contre la pauvreté, et des activités institutionnelles axées là-dessus. La promotion des structures sociales est bénéfique à la majorité de la société dans les différents pays. Les minorités et les groupes marginaux bénéficient de ce soutien.

    Pôle d'activité central ici:

    «la lutte contre la pauvreté et l'appauvrissement avec toutes leurs répercussions sur la santé, l'alimentation, le domaine social, l'éducation, le logement et la participation politique.»
     1

Tout ceci était exact au sujet des pays est-européens en transition.

Depuis la fin des années 80, DVV International soutient par conséquent ses partenaires de l’éducation des adultes dans les pays en transition pour les aider à s’adapter aux nouvelles conditions. Ceci pose tout un ensemble de défis:

  • Les organisations traditionnelles, ancrées des décennies durant dans un système dirigiste, ont dû apprendre à survivre dans les nouvelles conditions extrêmement rudes d’une économie de marché en grande partie non réglementée (notamment au début), avec un soutien financier très maigre, voire inexistant, de la part de l’État.
  • Les nouveaux organismes, principalement des associations de la société civile, ont dû rapidement apprendre à s’y retrouver dans les dédales des politiques nationales, du marché non réglementé et des directives imposées par les bailleurs de fonds internationaux.
  • À par lutter quotidiennement pour survivre, il fallait créer des offres axées sur la demande, trouver du personnel enseignant, organiser pour lui des formations continues et le motiver, s’adapter aux directives gouvernementales sans cesse nouvelles, ne pas perdre pied dans des domaines pour partie légalement incertains, réagir aux tendances du marché parfois en rapide mutation, etc.
  • Cette liste pourrait s’allonger indéfiniment.

Cette entreprise fut couronnée d’un assez grand succès dans l’étroit segment des offres destinées à la nouvelle petite «élite» et dans les limites réduites de la classe moyenne. Toutefois, elle se révéla d’autant plus difficile quant à la création d’offres adéquates pour la grande majorité de la population. Ici, on s’aperçut très vite qu’en dehors d’une demande restreinte en matière d’offres éducatives concernant la politique, la culture ou la santé, la population cherchait majoritairement des offres de formation initiale, de formation continue ou de recyclage. Les gens se trouvaient confrontés au fait que la formation qu’ils avaient suivie à l’époque socialiste se retrouvait dévalorisée: plus personne ne voulait de comptables sans connaissances en informatique ou de mécaniciens qui n’étaient pas capables de réparer les «voitures de l’Ouest» d’occasion qui affluaient dans le pays. À cela venait s’ajouter les hordes de diplômés mal formés, issus du système d’éducation socialiste, de jeunes gens mal préparés, qui déferlaient sur le marché du travail.

Vocational training in Tajikistan

 

Formation professionalle au Tajikistan
Source: DVV International

 

Aujourd’hui, la situation se présente tout à fait différemment dans les anciens pays socialistes. Un grand nombre d’entre eux sont membres de l’Union européenne. L’éducation des adultes et l’apprentissage tout au long de la vie jouent ici un rôle central, comme le prouvent la communication de 2006 de la Commission, intitulée «Éducation et formation des adultes: il n’est jamais trop tard pour apprendre» ainsi que le «Plan d’action sur l’éducation et la formation des adultes: c’est toujours le moment d’apprendre».2 Ces deux textes soulignent l’importance d’une éducation des adultes adaptée au secteur de l’emploi – une constatation qui n’a rien perdu de sa validité, en particulier justement en Europe centrale et de l’Est. Attendons toutefois de voir dans quelle mesure les politiques nationales mettront vraiment en pratique les directives et recommandations de Bruxelles. Les discussions avec nos partenaires dans les nouveaux pays membres nous laissent sceptiques à cet égard.

Hors de l’espace de l’UE, la situation se révèle encore plus critique. Malgré tous les efforts déployés, la plupart des gouvernements continuent de ne pas reconnaître l’importance de l’apprentissage tout au long de la vie pour un développement social innovant et équilibré de leurs pays. Parallèlement à cela, il est fréquent que la qualité de l’éducation scolaire de base et de la formation professionnelle baisse. Même là où existe une volonté politique, les ressources considérables nécessaires ne sont pas disponibles. À moyen terme, la formation professionnelle et l’éducation générale des adultes auront de considérables fonctions compensatoires, impossibles à remplir sans soutien. Outre DVV International, un nombre croissant d’acteurs du développement intervient aujourd’hui dans ce domaine qui fut longtemps largement négligé et que l’on faisait passer après l’éducation de base. La Fondation européenne pour la formation (ETF), un organisme de l’UE, est ici une des rares exceptions: elle fournit depuis de nombreuses années un précieux soutien, principalement d’ordre conceptionnel, pour la consolidation et la réorganisation de la formation professionnelle des adultes.3

Petit historique des activités de DVV International

Au terme des années 80, DVV International entama ses activités dans les pays en transition avec le soutien du BMZ (ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement). Les premiers pays où furent mis en place des projets furent la Pologne et la Hongrie; un peu plus tard vinrent s’ajouter la Roumanie, la Russie et l’Ukraine. La formation professionnelle des adultes fut dès le départ, notamment en Russie et en Ukraine, au coeur des activités. En 1993, dans la Fédération russe, un réseau de centres d’enseignement de l’informatique fut aussi à un moment donné mis sur pied dans le cadre d’un subventionnement du projet par l’UE; plus tard, vint s’y ajouter un «système universel russe de certification en informatique».4 Notre soutien s’étendait ici de la formation du personnel enseignant à l’encadrement professionnel et financier de la création du centre national d’examen, en passant, au début notamment, par une aide aux équipements pour l’aménagement de classes d’informatique. Aujourd’hui, le système se suffit à lui-même, ce qui a permis à DVV International de ne plus avoir besoin de lui fournir son aide.

La VHS Regen (VHS: université populaire, ndlt) a encadré la création du centre rural de formation continue «IMPULS», dans le district de Skole, près de Lviv en Ukraine. Elle soutient à long terme ce projet, devenu à présent de façon remarquable l’élément central d’un réseau local de coopération entre les organismes responsables de l’éducation des adultes et les intervenants qui lui fournissent leur aide. IMPULS propose aujourd’hui tout un ensemble de formations professionnelles dans les domaines de la construction, du travail de bureau et des services, les chômeurs étant prioritairement bénéficiaires de ces offres. Le centre est ici un partenaire recherché en ce qui concerne la gestion de l’emploi au plan local. En étroite concertation avec les communes du district, il contribue de manières diverses au développement des villages, par exemple en soutenant l’agrotourisme par le biais de formations continues pour les employés des petites et très petites entreprises. En outre, IMPULS joue un rôle d’animateur et tente d’organiser des tables rondes, des groupes de travail et des séminaires avec des acteurs divers, et de rechercher avec eux des solutions conjointes. Des manifestations publiques, des salons de l’éducation et des expositions doivent en outre faire prendre conscience à la population et aux décideurs locaux de l’importance de l’éducation des adultes.

L’éducation des adultes a aussi présidé à la création et au développement des projets en Europe du Sud-Est. Le projet mené avec grand succès en Albanie s’est longtemps concentré sur le soutien de centres de formation pour les chômeurs relevant de la responsabilité du ministère albanais de l’Emploi. Durant la phase de démarrage, des aides à l’équipement furent associées aux formations continues des enseignants et au soutien concernant le développement de curriculums modernes. Après avoir surmonté les pires phénomènes de crise à la fin des années 90, la coopération se tourna davantage vers le soutien à la création d’un système intégré de qualification des chômeurs. Ce fut ici aussi la première fois que des activités en vue d’améliorer ce sous-secteur en coopérant avec d’autres agences de développement, par exemple suisses et autrichiennes, fut couronnée de succès.

Avec l’élargissement des possibilités qu’apportait le pacte de stabilité en Europe du Sud-Est, DVV International put commencer à opérer dans toute la région à partir de 1999. Les projets de formation professionnelle des adultes constituaient une part importante de presque tous les programmes nationaux. En Bulgarie, en Serbie et au Monténégro, des offres dites de la «seconde chance» purent être mises en place, permettant aux groupes défavorisés et marginalisés de la population comme, par exemple, les Roms d’étudier en vue d’obtenir des certificats de fin d’études ou de formation professionnelle. Ces programmes se basaient au départ sur les besoins éducatifs des groupes de population défavorisés à maints points de vue. Les gens qui y appartenaient ne disposaient généralement pas de qualifications professionnelles formelles, ce qui, en plus des nombreuses discriminations sociales auxquelles ils étaient en butte, les empêchait presque complètement d’accéder à la vie professionnelle. À ceci s’ajoutait souvent l’absence de certificats de fin d’études et une alphabétisation incomplète. Les projets tentaient d’aider de diverses manières les personnes concernées, par exemple grâce à des offres d’alphabétisation associées à des cours (intéressants) de formation professionnelle et à un encadrement par les services sociaux. La collaboration avec les organisations d’entraide de ces groupes, par exemple des Roms, était ici essentielle pour réduire les obstacles qui les séparaient de la majorité de la société.

Dès le début, ce projet pour l’Europe du Sud-Est fut organisé à l’échelle régionale. Il se prêtait par conséquent à merveille pour se hasarder à introduire des systèmes européens de certification, entre autres dans les secteurs de l’informatique ou de l’économie. Les systèmes développés par les universités populaires allemandes et d’autres organismes compétents furent introduits avec succès. Cette démarche venait en réponse à une demande qui se faisait sentir dans toute la région: du fait de la forte mobilité professionnelle, notamment dans les pays de l’Union européenne, il est nécessaire de proposer des offres de formation sanctionnées par des diplômes reconnus dans toute l’Europe.

Le projet mené dans les républiques du Caucase méridional fut entamé en 2002. Dans ces pays, les besoins en matière de qualification professionnelle étaient également immenses. En Arménie, en Azerbaïdjan et en Géorgie, le projet apporta son soutien aux domaines suivants: élaboration de curriculums, formation continue des enseignants et conception de manuels d’enseignement spécifiques et de projets pilotes. Dans les trois républiques, les conseils et le soutien politiques devinrent un point essentiel des activités communes. Il fallait ici convaincre de l’importance de la formation professionnelle des adultes que les ministères du Travail et des Affaires sociales reconnaissaient souvent plus volontiers que le ministère de l’Éducation. Les organismes de coordination créés dans les trois pays avec l’appui de DVV International réussirent petit à petit à ce que l’éducation des adultes ait voix au chapitre et (conjointement avec nos bureaux de projets) et à se faire reconnaître comme facilitateurs de l’amélioration des conditions cadres de l’éducation des adultes. Outre les éléments classiques comme les projets pilotes, les tables rondes ou les conférences, les journées ou festivals de l’éducation des adultes, qui connaissent en particulier un grand succès en Arménie et sont organisés par une vaste alliance d’organismes divers, jouèrent ici un grand rôle.

En outre, un concept né dans le cadre d’un autre projet financé par l’UE en Géorgie réussit de plus en plus à s’établir. Il reposait sur la constatation que durant les dix dernières années, les établissements traditionnels d’éducation des adultes avaient en grande partie été détruits et qu’il était nécessaire de construire de nouveaux centres. On choisit pour cela d’adopter une approche aussi large que possible, englobant, outre la formation professionnelle, de nombreuses facettes de l’éducation générale des adultes. Ce concept fut tout d’abord mis en oeuvre avec succès dans la région où vit la minorité arménienne de Géorgie. Elle se distingue par un taux de chômage élevé, une migration professionnelle considérable, principalement vers la Russie, ainsi que par des tensions sociales qui résultent de cela et qu’alimente le problème des minorités ethniques. Dans les villes d’Akhalkalaki et d’Akhalzikhe, des centres d’éducation des adultes furent aménagés conjointement avec deux partenaires géorgiens. Y étaient proposés des cours de formation professionnelle associés à des cours de langues (géorgien), des conseils juridiques et des offres d’éducation générale pour les adultes. Entre-temps, un projet similaire a été mis en place directement en Arménie; dans ce sillage un projet est également prévu pour des régions du Sud de l’Azerbaïdjan.

À partir de 2005, il fut finalement possible d’entamer la réalisation d’un projet intensif en Asie centrale. Élément essentiel dès le début dans la démarche empruntée ici: exploiter notamment les possibilités de la formation professionnelle des adultes pour réduire les tensions sociales dans un contexte de paupérisation croissante, de manque de perspectives d’avenir et, découlant de cela, de radicalisation. Au Kirghizistan et au Tadjikistan, on emprunta une voie promouvant des démarches et initiatives de la société civile afin de mieux mettre différentes possibilités en évidence. La seconde phase, souvent mise en oeuvre parallèlement, consistait (et consiste toujours) à s’entretenir avec les organismes publics et ministères compétents des réussites ponctuelles de ces projets et de soutenir leur introduction à un plan systématique.

En Kirghizie, nous avions pour cela la possibilité de recourir à un réseau relativement professionnel d’une quinzaine de centres d’éducation des adultes installés dans les lieux les plus importants du pays. Ce réseau avait été créé par un partenaire danois conjointement avec la Confédération des syndicats kirghizes. Nous réussîmes à élargir le profil des centres, en concertation avec eux, au moyen d’offres de formation professionnelle répondant à une forte demande et aux besoins du marché de l’emploi, de sorte que de nombreux établissements sont aujourd’hui devenus des interlocuteurs primordiaux pour les agences locales pour l’emploi, les entreprises et les institutions publiques d’éducation. Deux projets de l’UE permirent de créer un réseau avec les partenaires sociaux, notamment les employeurs et l’administration publique, et de mettre en oeuvre des offres mobiles pour la population rurale.

Le Tadjikistan est largement tributaire de la migration professionnelle. Quelque un million de Tadjikes, sur une population qui compte un peu plus de six millions de personnes, vont chaque année tenter leur chance sur les marchés du travail russe ou kazakh – une situation dont les proportions sont de loin plus dramatiques qu’en Arménie, en Azerbaïdjan ou en Ouzbékistan.5 Conjointement avec l’ONG ASTI, un projet pilote fut monté dans le pays pour proposer des offres de formation qualifiante à des migrants qui rentrent pour la plupart chez eux durant les mois d’hiver. Ces offres étaient délibérément axées sur la demande du marché russe de l’emploi et se basaient sur la conviction selon laquelle la migration professionnelle demeurerait à court et moyen terme un facteur décisif dans la société tadjike. En outre, il fut possible d’intégrer dans les formations des modules d’information sur les droits et devoirs des migrants dans le pays d’accueil – l’Organisation mondiale du travail (OMT) servit ici de source de documentation.

Vocational training in Kyrgyzstan

 

Formation professionnelle en Kirghizie
Source: DVV International

 

Au bout du compte, le succès durable de projets pilotes tient toutefois avant tout à une intégration réussie de ces expériences dans le système de l’éducation, en d’autres termes dans le secteur public. Les ONG et autres acteurs de la société civile peuvent ici jouer un rôle de pionniers, faire en quelque sorte fonction d’avantgarde, pour tester ainsi des approches nouvelles et novatrices, et communiquer leurs résultats aux organismes publics en dialoguant avec eux; une opération exceptionnellement bien couronnée de succès au Tadjikistan, ce que nous devons en premier lieu aussi à l’ouverture d’esprit, notamment de la part du ministère du Travail et de la Sécurité sociale, avec laquelle l’idée de la formation professionnelle des adultes a été abordée. Un accord de trois pages passé entre le ministère, DVV International et le DED (le Service allemand de développement) a permis de convenir qu’un spécialiste du DED fournirait son soutien pour l’introduction d’offres d’éducation des adultes axées sur la demande et pour la création de structures centrales. Entre-temps, le ministère dispose d’un «Centre pour l’éducation des adultes» qui, en tant que centre-ressource et centre de formation, appuie le développement du secteur et est présent dans les régions grâce à ses agences qui y sont installées. Il est remarquable que le centre mette également des locaux à la disposition des ONG. Outre DVV International et le DED, la Fondation européenne pour la formation (ETF), un organisme de l’UE, a également contribué à cette réussite.

Depuis le début 2008, DVV International fournit ses conseils dans le cadre d’un projet de l’UE au ministère tadjike de l’Éducation en ce qui concerne le processus de réforme de la formation professionnelle initiale. Que l’UE confie une telle mission à DVV International démontre l’expertise récemment acquise par cette dernière dans la région et dans ce domaine. Un savoir-faire en matière d’éducation des adultes est requis à de nombreux points de vue, par exemple pour l’intégration des formations professionnelles initiale et continue, des formations initiale et continue du personnel enseignant, ou du développement de filières de formation modulaires au sujet desquelles il existe une forte demande. L’introduction de nouvelles approches pour le développement des curriculums, les formations continues des enseignants et les conseils aux décideurs du ministère sont des points essentiels de nos activités. En 2006/07, le ministère de l’Éducation a pris à sa charge le secteur de la formation professionnelle, jusque là sous la responsabilité du ministère du Travail. Ceci a permis d’un côté de consolider les compétences en matière d’enseignement général, tandis que d’un autre côté sont apparus des problèmes considérables en ce qui concerne la notion d’une formation professionnelle moderne et axées sur le marché du travail. Le concept d’une «éducation» centraliste continue de dominer par rapport aux offres éducatives souples et orientées vers la demande. Petit à petit, on finit toutefois par admettre que les établissements d’enseignement professionnel, avec tous les problèmes qu’ils comportent (pas de prestige, mauvais équipements, corps enseignant insuffisamment qualifié), n’auront un avenir que s’ils parviennent à répondre aux besoins de la population – et pas seulement des jeunes – en matière d’éducation. Les premiers pas dans cette direction ont été faits: un décret du ministère de l’Éducation permet par exemple l’ouverture des établissements pour des offres formatrices de plusieurs mois, destinées à la population adulte.

Par contre, notamment en raison de conditions politiques autres, nous avons dès le départ misé sur la coopération avec des partenaires publics en Ouzbékistan. À part la Biélorussie, l’Ouzbékistan est le seul État issu de l’Union soviétique qui ait réservé une grande place à la formation professionnelle.6 La réforme – contestée – de l’Éducation a introduit une formation professionnelle initiale formalisée, et des investissements considérables, subventionnés par l’Ouzbékistan et l’étranger, ont été effectués pour construire et aménager des établissements d’enseignement professionnel, à présent au nombre de mille. Il continue d’y avoir des problèmes en ce qui concerne le développement d’offres d’éducation axées sur la demande, la rémunération et la qualification des enseignants ainsi que la création de réseaux entre les acteurs du marché du travail. La démarche de DVV International vise désormais à exploiter la bonne infrastructure existante pour proposer l’après-midi et le soir dans les écoles d’enseignement professionnel des formations de plusieurs mois destinées à des adultes, notamment à de jeunes chômeurs. Des établissements pilotes ont pour cela tout d’abord été sélectionnés et des formations de six mois conçues, principalement pour les métiers de la construction, les emplois en bureau et les services. Force a rapidement été de constater que les qualifications didactiques nécessaires pour que les enseignants travaillent avec des adultes faisaient tout autant défaut que les méthodes permettant de reconnaître les besoins sur place et d’élaborer des offres correspondantes. On a pu essentiellement répondre aux besoins en matière de formation didactique en ayant recours à des formateurs locaux, notamment issus du secteur de la société civile. Pour la conception de méthodes simples d’exploration du marché du travail local, nous avons pu nous assurer le partenariat de la Fondation européenne pour la formation (ETF), mais aussi celui d’un projet de la GTZ (Agence allemande de coopération technique). Au bout du compte, une méthode de développement de curriculums (DACUM – Develop a Curriculum) reconnue au plan international, a été introduite avec succès, avec l’aide du BIBB (Institut fédéral pour la formation professionnelle). Ces activités, menées depuis de longues années, entre autres grâce à des subventions de l’UE, ont permis d’ouvrir plus de vingt centres d’éducation des adultes dans des établissements ouzbèkes de formation professionnelle; une confédération pour l’éducation des adultes est également sur le point de voir le jour.

L’Institut envisage actuellement d’étendre ses activités à la Biélorussie, à l’Ukraine et à la Moldavie, où l’éducation professionnelle des adultes joue indubitablement un rôle essentiel.

Perspectives

Ce petit tour d’horizon a clairement montré que du fait de leurs contextes préalables et de leurs situations culturelles, politiques, économiques et sociales très différentes, les pays de cette région n’avaient pas passé de la même manière l’étape de transition de cette dernière décennie. Si l’idée que se faisait l’Occident d’un «bloc de l’Est» monolithique ne correspondait déjà pas à la réalité, la région s’illustre aujourd’hui par une diversité quasiment inextricable.

Toutefois, l’on discerne peut-être quelques évolutions qui, d’une manière ou d’une autre, donneront ces prochaines années matière à réflexion dans le domaine de la formation professionnelle continue:

  • Pour l’instant, la formation professionnelle, notamment la formation continue, est le «parent pauvre» de la politique de l’éducation. Elle est mal pourvue, tant du point de vue du personnel que des finances, et se trouve dans un contexte qui ne réunit souvent pas certaines conditions politiques essentielles. Ceci paraît d’autant plus absurde compte-tenu de l’immense importance de ce secteur pour le développement de la société et la paix sociale. Il nous incombera de soutenir nos partenaires dans les efforts qu’ils entreprennent pour se faire reconnaître et de convaincre les politiques.
  • Toutefois, les stéréotypes négatifs se trouvent aussi hors du champ politique: une grande part de la population considère encore que la formation professionnelle est réservée aux groupes défavorisés, que c’est un réservoir de «perdants». Les métiers qui ne s’exercent pas dans des bureaux continuent d’avoir mauvaise presse, et les parents font tout pour que leurs enfants puissent faire des études universitaires, aussi inutiles soient-elles. Il est ici aussi impératif d’utiliser l’éducation des adultes comme une ressource pour conscientiser les gens, par exemple au moyen de mesures d’orientation éducative ou professionnelle, ou d’activités d’éducation familiale.
  • Les groupes socialement défavorisés, souvent des minorités ethniques, représentent toujours un groupe cible particulier de la formation professionnelle des adultes. Pour contribuer à intégrer ces groupes en les dotant des mêmes droits que les autres et en faire des membres respectés de la société, on peut ici combiner la formation professionnelle avec des offres éducatives politiques, linguistiques et culturelles.
  • Presque tous les pays de la région sont touchés par de considérables flux migratoires, presque uniquement mus par la quête de travail (mieux rémunéré). L’éducation des adultes fait ici aussi certainement face à d’immenses défis, par exemple dans la lutte contre le racisme et la xénophobie, dans le soutien aux migrants dans le but de les aider à s’adapter au pays d’accueil ou dans la création d’offres pour les familles restées au pays. La formation professionnelle des adultes doit ici aussi intervenir, par exemple en proposant des offres répondant aux besoins des pays d’accueil ou en adaptant ses diplômes et certificats aux normes en vigueur dans ces derniers.
  • De ceci découle un nouvel aspect pour les pays de la région, voisins de l’UE et/ou dont l’évolution politique dépend d’une coopération très étroite avec la Communauté: tous doivent faire face au défi qui consiste à adapter leurs systèmes de formation professionnelle au cadre européen de qualification (EQF) et de concevoir des cadres nationaux compatibles avec lui. Associer à cela de manière adéquate la formation continue et ses particularités constituera une autre mission complexe pour ces prochaines années.
  • Nous ne pouvons pas encore évaluer les répercussions de la crise financière et économique qui frappe actuellement. D’une manière générale, elle touche nettement plus les États d’Europe de l’Est du fait que leurs ressources sont moins importantes et que leurs systèmes de sécurité sociale ne sont pas aussi développés. Les conséquences de cette situation pour l’éducation des adultes dans l’ensemble et éventuellement pour les besoins en matière de qualification professionnelle sont encore difficilement évaluables.

Vocational training in Uzbekistan

 

 

 

Formation professionnelle en Ouzbékistan
Source: DVV International

 

 

En décidant à la fin des années 80, de soutenir, outre en Afrique, en Asie et en Amérique latine, des partenaires d’Europe de l’Est et de la CEI durant la phase de transition, DVV International répondait à un grand besoin manifeste. Dans la tradition de sa démarche axée sur ses partenaires et sur les besoins, une grande partie de ses activités se concentrait sur la formation professionnelle des adultes. Ce volume a pour but de présenter clairement les modèles utilisés pour cela, les résultats obtenus et la distance qui nous reste toutefois à parcourir pour parvenir au but.

Nous sommes reconnaissants au ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ), à l’Union européenne et au ministère fédéral des Affaires étrangères de leur soutien et de leur compréhension. Dans les pays où nous intervenons, il revient une importance tout aussi grande à nos nombreux partenaires du secteur public et de la société civile, les principaux acteurs des projets dont les avis ont ici aussi un caractère primordial.

Notes

1 Citation extraite du site Internet du Groupe de travail pour la promotion des structures sociales (AGS), www. sozialstruktur.org
2 Dans leurs versions en français, vous trouverez ces textes sur le site de l’UE à l’adresse europa.eu scadplus, sous la rubrique «Éducation et formation tout au long de la vie» (ndlt).
3 Le site Internet de l’ETF, www.etf.europa.eu, fournit un bon aperçu des activités diverses de cette agence de l’UE et publie des études et documents de fond d’une utilité précieuse.
4 Vous trouverez des informations en russe à ce sujet sur le site Internet du réseau, à l’adresse: www.znanie.net
5 La crise financière apparue à la mi-2008 touche ces gens de plein fouet. Actuellement, ses répercussions ne sont pas totalement prévisibles. Des articles sur la région parlent toutefois d’une forte montée des tensions sociales.
6 Depuis, d’autres États, notamment la Russie et le Kazakhstan, reconnaissent avoir commis une erreur en saignant à blanc ce secteur, ce qui a conduit à une pénurie flagrante de personnel qualifié alors que l’on constate un énorme excédent de diplômés universitaires.

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