Michael Samlowski

«Quand nous essayons d'aborder le problème de l'éducation des adultes dans une optique mondiale, ce n'est pas dans l'intention d'éluder les petites questions non résolues de notre environnement proche. Nous sommes au contraire convaincus qu'aujourd'hui, on ne peut comprendre l'éducation que dans une optique internationale. Le temps n'est pas loin où les rapports de force dans le monde seront davantage dictés par la question des capacités de formation que par les forces de division. La répartition du travail, telle qu'elle s'est peu à peu précisée dans l'économie mondiale n'épargnera pas non plus l'éducation. L'interdépendance qui, dans le monde moderne, rend tous les pays tributaires des évènements qui se passent dans les autres s'étend aussi aux systèmes de l'éducation. L'évolution dans la société industrielle entraîne dans le monde entier des problèmes semblables. Aussi, que l'on discute de l'éducation des adultes à Bakou ou à Kansas City, à Stockholm ou à Nancy, on se retrouve vite confronté aux mêmes problèmes...»1

Quarantième anniversaire de DVV International: comment nous sommes devenus ce que nous sommes

Non, ces réflexions ne sont pas extraites de la dernière déclaration sur l'idée que les universités populaires allemandes se font d'elles-mêmes dans le monde mondialisé du troisième millénaire. Elles ont un âge respectable: 43 ans. C'est sur elles que le président de la Confédération allemande pour l'éducation des adultes de l'époque, le professeur Helmut Becker, fonda l'intérêt de l'éducation des adultes en Allemagne de s'engager à l'international, et éleva même cet engagement au rang de mission obligatoire pour la Confédération.

1952, First International Conference in Salzburg

1952, First International Conference in Salzburg
Source: DVV, Geschichte – Geschichten – Gesichter, p. 21Origins

Les débuts

En réalité, les universités populaires allemandes manifestèrent immédiatement après la Seconde Guerre mondiale leur intérêt concernant des échanges et une collaboration avec des établissements et des collègues hors du territoire allemand. Ceci était aussi nécessaire que difficile durant l'après-guerre, alors que l'Allemagne et les Allemands étaient considérés avec beaucoup de réserve et de scepticisme par les pays voisins qu'ils avaient agressés, et qui nourrissaient souvent même un sentiment de rejet et d'amertume à leur
égard.

Toutefois, les alliés encouragèrent de tels contacts qui se muèrent en liens professionnels solides et en rapports amicaux sur lesquels la collaboration systématique put ultérieurement prendre appui en Europe. En 1953, les universités populaires et leurs structures régionales s'unirent pour former un organisme national, la Confédération allemande pour l'éducation des adultes (DVV), à l'époque toutefois encore limitée à l'Allemagne de l'Ouest. Dès le début, contribuer à l'entente internationale et à la réconciliation fut l'une de ses missions. Dès 1954, le ministère de l'Intérieur soutint ses activités, puis ce fut au tour du ministère des Affaires étrangères à partir de 1959.

Roby Kidd

C'est certainement en raison des compétences professionnelles des représentants des universités populaires, mais par-dessus tout du fait de leur intégrité personnelle si la DVV fut bientôt admise dans le cercle de l'éducation des adultes en Europe et si elle devint l'un des moteurs d'un groupe, au départ assez peu structuré, de personnes et d'organisations qui se consacraient en Europe à l'éducation des adultes. Le Bureau européen de l'éducation des adultes fut créé. Il entretenait à l'époque un petit service, qui fut d'abord installé à Bergen, aux Pays-Bas, le siège de l'Agency for European Folkhighschool Work, puis à l'université d'Amersfoort où la mise en œuvre d'échanges et d'études devait être stimulée de façon documentée et informée.

La direction d'une telle organisation était davantage tributaire qu'aujourd'hui des personnes derrière elle. Ici nous vient tout d'abord à l'esprit le nom d'Helmuth Dolff, qui dirigea la DVV de 1956 jusqu'à sa mort en 1983. Il imprima un système et une orientation aux intérêts et contacts des universités populaires et de leur personnel qualifié, qui s'étendaient à l'étranger. Avec le Néerlandais Bob Schouten, il prit une part décisive à la
création du Bureau européen de l'éducation des adultes et, conjointement avec le Canadien Roby Kidd, il fournit son appui dès le début à la création d'un organisme de représentation de l'éducation des adultes qui devait opérer au plan mondial, le Conseil international de l'éducation des adultes (CIEA). Plus tard, de 1975 à 1983, il fut longtemps président du Bureau européen de l'éducation des adultes. Il organisa des voyages d'études en France, en Grande-Bretagne, en Scandinavie et aux Pays-Bas, et bien sûr aussi dans l'Autriche voisine, arrangea la participation à des conférences internationales et noua des liens aux USA, mais aussi déjà dans des pays en développement comme le Ghana, le Cameroun, le Togo ou l'Inde.

En 1960, la DVV avait participé sous son égide à la Conférence mondiale de l'UNESCO qui s'était tenue à Montréal et où des pays d'Afrique et d'Asie qui s'étaient libérés du joug
du colonialisme demandaient de l'aide pour créer des systèmes de l'éducation qu'ils administreraient eux-mêmes.

Ce processus reçut de nombreuses marques de sympathie en Allemagne. L'opinion publique était très favorable à la solidarité avec les pays qui se libéraient du colonialisme. En 1960, par exemple, la «Deutsch-afrikanische Gesellschaft» (la Société germano-africaine) en collaboration avec la DVV et un certain nombre d'universités populaires allemandes organisèrent une «Semaine de l'Afrique». Dans nombre d'universités populaires furent organisées des manifestations et expositions de photos sur différents pays africains et sur le thème de leur décolonisation. Un congrès organisé au château d'Hirschborn en 1960 s'était donné pour thème la nécessité de l'éducation des adultes en Afrique, tandis que le congrès des universités populaires organisé à Francfort-sur-le-Main s'était consacré à l'éducation des adultes dans le monde en tant que nouvelle dimension de l'éducation.

Des cours de formation pour les éducateurs d'adultes des pays en développement

C'est à cette époque que fut formé le projet de mise en place de cours de formation pour des éducateurs d'adultes de pays en développement. L'esprit stratégique d'Helmuth Dolff reconnut le potentiel des activités menées par les universités populaires pour l'aide au développement. Il réussit à en convaincre le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et à établir la DVV en tant que partenaire de la République fédérale d'Allemagne en matière d'aide au développement. Il obtint l'approbation du BMZ, qui venait lui-même tout juste d'être créé en novembre 1961, concernant l'organisation de formations distinctes pour les formateurs africains et les formateurs latino-américains.

Les dix commandements des pédagogues

  1.  Tu ne chercheras jamais à modeler un autre humain exactement à t a propre image; un seul suffit.

  2.  Tu ne porteras jamais de jugement sur le besoin d'une personne ni ne lui refuseras tes égards simplement du fait de la peine qu'elle t'oblige à prendre.

  3. Tu ne reprocheras à personne ni ses origines ni son milieu en général; les gens sont capables de s'affranchir de leur milieu.

  4. Tu n'abandonneras jamais une personne ni ne l'excluras.

  5. Tu essayeras d'aider chacun à devenir non seulement sensible et compatissant, mais aussi résolu.

  6. Tu ne priveras personne de ses responsabilités légitimes de choisir sa propre conduite avec toutes les conséquences que cela suppose.

  7. Tu respecteras quiconque se consacre à l'étude et serviras et élargiras la discipline du savoir et la compétence en matière d'apprentissage qui sont notre bien
    commun.

  8. Tu n'auras pas de remèdes universels ni n'attendras de miracles.

  9. Tu nourriras un sens de l'humour qui t'épargneras peut-être de te sentir scandalisé, abattu ou suffisant.

  10. Tu n'oublieras pas le caractère sacré et la dignité de ta vocation et, en
    même temps, tu ne te prendras fichtrement pas au sérieux.

J. R. Kidd

Ceci répondait à l'indispensable nécessité d'accompagner le processus d'indépendance de l'après-colonialisme par des mesures d'éducation des adultes. Il en fut explicitement
question à l'occasion de la neuvième assemblée générale de l'UNESCO où il fut constaté que l'éducation de base devait aider les gens que le système courant de l'éducation n'avait pas préparés à venir à bout des problèmes dans leur entourage ou à comprendre leurs droits et obligations en tant qu'êtres humains et citoyens. Étant donné que les administrations coloniales n'avaient formé personne à cette tâche, il fallait rapidement former des éducateurs d'adultes, car les enseignants issus du système scolaire formel traditionnel étaient également mal préparés à cela et n'avaient pas acquis de qualifications leur permettant de travailler avec des adultes.

Dans l'optique du début des années soixante, on pensait qu'il serait mieux de former les futurs éducateurs d'adultes en Allemagne où l'on pouvait leur présenter l'éducation des
adultes sous toutes ses facettes et, par conséquent, donner de nouvelles impulsions aux activités dans leurs pays d'origine. La durée de cette formation ne devait jamais dépasser
un an et une université populaire qui comprenait un foyer d'accueil devait suffire comme humble lieu d'hébergement pour abriter au maximum vingt-cinq futurs éducateurs d'adultes afin que ces derniers ne se missent pas à se faire de fausses idées et à avoir des exigences mal placées. L'université populaire de Göhrde, un ancien château de chasse entouré de vastes forêts et vraiment loin des distractions et tentations terrestres qui auraient pu écarter les esprits d'une étude ciblée et assidue, parut convenir pour les hôtes africains. Des cours y furent organisées
pendant douze ans, de 1963 à 1974. En outre, la DVV organisa dans des pays d'Afrique des cours complémentaires sur différents thèmes spécialisés, suivit le parcours professionnel
de ses diplômés et fournit son appui à différentes activités.

Une formation fut parallèlement organisée pour les éducateurs d'adultes latino américains à partir de 1965 à l'université populaire de Rendsburg, dans le Schleswig-Holstein. Kurt Meissner, qui devint plus tard président de la DVV, en était à l'époque responsable. Trois ans plus tard, la DVV décida cependant d'organiser cette formation en Amérique latine. Manifestement, on avait compris beaucoup plus vite ici que dans le cas des collègues africains que les exemples de la pratique des universités populaires allemandes n'étaient pas vraiment applicables dans les pays latino-américains.

Des projets dans les pays en développement

Il devint rapidement clair que les échanges professionnels, et même la formation de personnels qualifiés, ne suffisaient pas pour créer des structures d'éducation des adultes solides dans les pays en développement. Un encadrement sérieux et durable était nécessaire et faisait l'objet d'une forte demande. Les collègues qui avaient été formés à Göhrde, Rendsburg ou San José à l'organisation de systèmes d'éducation des adultes voyaient justement dans la DVV une partenaire naturelle pour mettre les acquis en pratique dans leurs pays d'origine. Ce fut de nouveau Helmuth Dolf qui reprit de telles initiatives pour en faire des projets et qui obtint petit à petit l'appui financier du ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ). Bientôt, l'engagement de la DVV en matière de politique du développement commença aussi à être connu dans les ambassades en Afrique et en Amérique latine, si bien que la DVV se mit à recevoir de plus en fréquemment des demandes ciblées.

L'Afrique

En Afrique, les premiers projets virent le jour dans l'ancien Zaïre (l'actuelle République démocratique du Congo, ndlt), en Somalie et au Soudan, puis, plus tard, en République
populaire du Congo (anciennement Congo-Brazzaville, ndlt) et en Sierra Leone. Outre les formations intégrées initiales et continues des éducateurs d'adultes, la DVV fournissait son appui à des projets axés sur l'emploi ainsi qu'à l'enseignement de connaissances pratiques, au renforcement des collectivités, à l'éducation de base - qui ne se limitait pas à
l'alphabétisation - à l'éducation sanitaire et à des activités faisant appel aux langues et cultures locales. À partir de 1975, le bureau d'Afrique coordonna depuis Accra, au Ghana, des formations continues, l'attribution de bourses, des congrès et différentes mesures dans nombre d'autres pays.

L'Amérique latine

Le travail avec l'Amérique latine avait déjà commencé auparavant. Depuis 1963, la DVV soutenait un projet au Costa Rica, l'ICECU (Instituto Centroamericano de Extension de la
Cultura)
qui, au moyen de programmes radiodiffusés en espagnol et dans les langues mayas, et avec un almanach produit en masse, avait pour objectif de fournir une éducation
de base et de transmettre de la culture et des connaissances générales, et dont la portée s'étendit par la suite bien au-delà des frontières du pays.

 

Alternactiva

Notons dans la foulée que ce projet fut un exemple très précoce d'activités interculturelles. Il tentait respectueusement de répondre à des questions de la population paysanne d'Amérique centrale, souvent marquées par les conceptions de la nature des
populations indigènes. Ainsi était-il typique qu'ils demandassent: «Vous nous avez expliqué comment les tremblements de terre surviennent. Mais nos ancêtres nous disent qu'ils sont dus aux soubresauts du grand serpent sur lequel repose la terre.» D'ordinaire, on y répondait: «Nous ne savons plus rien du grand serpent. Nous vous avons raconté ce dont les scientifiques sont convaincus.»

Pour des gens qui croient encore à la magie, l'alunissage est soit une histoire montée de toutes pièces par la télévision, soit une hérésie. Là où le vent est une force fécondatrice qui décide des récoltes, il n'est pas suffisant de l'expliquer en le réduisant à un mouvement de l'air dû à des différences de températures dans des zones de haute et de basse pression, et d'employer cette explication selon les besoins. Il faut rapprocher la mystique et la science si l'on veut que les pompes actionnées par l'énergie éolienne, mises en place dans le cadre d'un projet de développement, ne soient pas détruites parce qu'elles pourraient désorienter le vent et le décourager de souffler. C'est en se basant sur une telle position que des émissions radiodiffusées - que les paysans pouvaient vraiment capter sur leurs transistors - répondirent dans le cadre de ce projet à des milliers de questions.
Et l'almanach imprimé chaque année à 340 000 exemplaires contenait non seulement des conseils pratiques et des explications pour l'agriculture, mais aussi des chansons et des
histoires telles qu'on se les racontait en Amérique centrale.2

La possibilité s'était offerte d'utiliser l'infrastructure de ce centre pour poursuivre le cours de formation pour les éducateurs d'adultes latino-américains après les trois
premières années à Rendsburg. Ce cours, qui fut organisé chaque année de 1968 à 1972, permit de nouer des contacts qui menèrent plus tard à l'organisation d'autres projets en
Colombie, puis en Bolivie.

L'Asie

L'Asie attira l'attention de la DVV en 1964, lorsque fut créé le Bureau Asie-Pacifique Sud pour l'éducation des adultes (ASPBAE) avec la participation d'Helmuth Dolff. Au début, bien que cette association opérât en conservant un «profil très bas» (voir l'article relatant les souvenirs de Chris Duke dans le n° 60 d'Éducation des adultes et développement, p. 95 à 104, intitulé: «La DVV et l'ASPBAE - les premières années»), elle n'en avait pas moins ainsi posé la première pierre d'une collaboration très intense que nous entretenons avec elle depuis 1978, donc depuis maintenant plus de trente ans. Comme se souvient Chris Duke, qui fut de longues années durant secrétaire général de l'ASPBAE, la DVV jouissait déjà à l'époque d'une réputation solide en tant qu'organisation spécialisée dans l'éducation des adultes, opérant dans le domaine de l'aide
au développement.3

Dans la foulée du soutien fourni à l'ASPBAE se nouèrent les premiers contacts de coopération bilatérale avec un certain nombre d'organisations indiennes: la PRIA à Delhi, la KANFED (Kerala Association for Nonformal Education and Development - Association du Kerala pour l'éducation non formelle et le développement) au Kerala et Seva Mandir au Rajasthan.

Nous entretenons jusqu'à aujourd'hui encore des relations avec la Society for Participatory Research in Asia (Société de recherche participative en Asie - PRIA) qui, de son côté, entretient un réseau de liens professionnels dans l'ensemble de la région du sud-est de l'Asie. Nous avons fourni notre appui à des cours de formation de la PRIA, destinés aux collaborateurs et au personnel de direction d'organisations non gouvernementales, mais aussi à des communes et des décideurs politiques pour qu'ils apprennent à travailler de façon participative avec leurs groupes cibles respectifs. La PRIA elle-même décrit ainsi sa mission:

«Travailler en vue de promouvoir des politiques, des institutions et des capacités renforçant les voix et la participation contre la marginalisation de groupes de population. L'idée consiste à améliorer leur position socio-économique par le biais de la gouvernance démocratique. La mission de la PRIA consiste à tendre la main, par l'intermédiaire d'une telle gouvernance, vers chaque membre de la société pour qu'il puisse participer plus facilement au processus de gouvernance.»4

Dans le numéro 60 de notre revue, l'article intitulé «La KANFED et l'éducation des adultes au Kerala» et signé K. Sivadasan Pillai était consacré à la collaboration avec la KANFED.

«La Confédération allemande pour l'éducation des adultes (DVV) offrit à la KANFED environ dix années durant son appui financier pour mettre sur pied des centres d'alphabétisation et d'éducation permanente, former du personnel, élaborer et publier, entre autres, des ouvrages et périodiques pour les néo alphabètes et décerner des prix à des travailleurs sociaux engagés lors de la fête annuelle de la KANFED.»5

Seva Mandir est une organisation non gouvernementale opérant dans le sud du Rajasthan et qui se consacre au développement des populations rurales et tribales. Dans ce projet, il s'agissait de préserver la tradition orale dominante et les vecteurs de culture comme les chants, les danses, le théâtre et les marionnettes, et de s'en servir pour l'éducation sanitaire, l'alphabétisation ou l'éducation environnementale.

La nécessité d'institutionnaliser la coopération internationale

Le nombre de demandes d'aide aux universités populaires allemandes de la part des pays en développement augmenta avec régularité au fil du temps. Helmuth Dolff et les membres de la direction de l'époque étaient très enclins à y répondre partout où c'était possible. Pour eux, ceci appartenait aux obligations des universités populaires, dans le cadre de leur mission éducative d'ensemble et de leur responsabilité politique générale. À l'époque, Helmuth Dolff voyait déjà
ce dont nous parlons aujourd'hui constamment: la mondialisation internationale qui rend les gens tributaires les uns les autres aux quatre coins du globe. Son intérêt le plus personnel le conduisait à considérer qu'il était nécessaire de se pencher sur les problèmes des échanges déséquilibrés, de la décolonisation et de la nouvelle dépendance, du conflit entre cultures anciennes et civilisation technologique, et de la rivalité entre les religions. Faire preuve d'un soutien solidaire partout où c'était possible était dicté tout autant par la morale que par la raison.

The photo ist taken from: “1982–2002 – 20 Years PRIA – Our journey”

Cette photo est prise de: "1982-2002 - 20 Years PRIA - Our journey"

Toutefois, il hésitait à désigner les efforts des universités populaires de l'expression de «soutien aux pays en développement»:

«Qu'en est-il à présent de l'engagement des universités populaires dans le domaine communément qualifié d'aide éducative aux pays en développement? Rien que cette désignation repose déjà sur un malentendu. Peut-être sommes nous en effet matériellement les donateurs, mais nous consacrer à ce domaine nous apporte de nouvelles connaissances et expériences utiles à notre propre situation, si bien que nous devrions plutôt qualifier ces rapports de collaboration à la mise sur pied de l'éducation des adultes.»6

C'est avec cette conviction qu'Helmuth Dolff prépara le terrain pour un élément fondamental dont sont empreintes les activités internationales de notre Institut: le principe de l'intérêt professionnel reposant sur des relations entre partenaires qui ne sont pas déséquilibrées, mais se fondent sur des échanges. Dans une telle relation, même s'il est aujourd'hui encore vrai que l'un des partenaires dispose de ressources dont l'autre a besoin, les rapports ne se caractérisent pas par la dominance de l'un et la dépendance de l'autre.

 

 

Création et développement de l'Institut de coopération internationale

On a peine à imaginer à quel point le bureau de l'Institut pouvait être modeste au début. Helmuth Dolff se chargeait lui-même de l'ensemble des activités de conception, des contacts, des négociations, des demandes, des rapports et autres activités liées à la direction du bureau. Deux collaboratrices qui se chargeaient de travaux de secrétariat et de tenir les comptes lui apportaient leur soutien, ceci toutefois en plus des activités nationales de la Confédération. La comptabilité, point névralgique des activités financières, eut dès le début le personnel qu'il
fallait.

DVV International

La coopération avec l'éducation des adultes dans les pays en développement prit une telle ampleur qu'en 1963, la direction de la DVV décida de séparer l'aide pédagogique aux pays en développement des activités d'échange courantes de la DVV. Toutefois, c'est seulement à partir de 1969, quand une demande de remboursement des frais de personnel pour la réalisation des activités de coopération au développement fut déposée auprès du ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et que ce dernier l'agréa, que nous pouvons vraiment parler d'un service autonome de la DVV. Ceci marqua le début des activités de l'Institut en tant qu'unité de la DVV disposant de sa propre organisation. D'abord connue sous le nom de «Service chargé des pays en développement» (Fachstelle für Entwicklungsländer), cette unité fut ensuite rebaptisée du nom de «Service de coopération internationale» avant de devenir en 1993 l'«Institut de coopération internationale de la Confédération allemande pour l'éducation des adultes» (IIZ/DVV) puis, finalement «DVV International»

L'équipe du nouveau service était d'abord réduite. Helmuth Dolff tint au début à conserver sa direction, mais renforça le secrétariat de la DVV de façon à gérer les exigences administratives qui explosaient. L'envergure croissante des projets exigeait de plus en plus la présence d'un personnel administratif fiable, responsable des comptes et des justificatifs d'utilisation, et par
conséquent chargé de veiller à ce que la confiance entre le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement et le service puisse croître sur une base restée solide jusqu'à ce jour. Dès 1970, un poste de direction du nouveau service fut créé. En 1971, Jakob Horn, qui devait plus tard diriger l'Institut avec succès pendant de longues années, intégra la Confédération allemande pour l'éducation des adultes comme responsable pour l'Amérique latine. Dès 1972, l'Institut nécessita la présence du premier responsable pour l'Asie, au moment où les activités avec les partenaires indiens commencèrent à prendre davantage d'ampleur. Quelques-uns des collaborateurs engagés durant la première décennie restèrent à la DVV jusqu'à leur retraite (Jakob Horn, Sigrid Elflein, Elvira Biela), quand d'autres y sont encore en activité (Marita Kowalski, Heribert Hinzen, Wolfgang Leumer). La durée d'activité des collaborateurs est d'ailleurs dans l'ensemble remarquable jusqu'à ce jour - un signe que les conditions de travail ont changé, mais aussi un signe que l'Institut donne à ses employés la possibilité de s'identifier à lui dans une large mesure. Si durant l'année de sa création le service devait se débrouiller avec 1,8 million de DM (soit env. 900 000 euros aujourd'hui), son budget ne cessa de croître par la suite. En 1974, il s'élevait déjà à 4,4 millions de DM (soit env. 2,2 millions d'euros) et 5,5 millions de DM en 1979, avant de passer à 8,3 millions de DM en 1983 et d'atteindre 9,4 millions de DM en 1989, au terme de vingt ans d'existence.

Lignes de conduite

Il est essentiel de retenir que le but déclaré de la fondation d'un service spécialisé était la création d'un instrument d'aide au développement dans le domaine de l'éducation des adultes. Les activités devaient se dérouler dans des pays en déve loppement choisis, mais aussi en Allemagne. Une liste des activités fut consignée dans un catalogue de travail en 1971.

Ainsi était-il prévu que le «Service de l'éducation des adultes dans les pays en développement récemment créé en Allemagne

 

  •  constitue une documentation sur l'éducation des adultes dans les pays en développement;

  •  soutienne des concepts d'éducation des adultes axés sur différents besoins;

  • développe des matériels d'apprentissage et d'enseignement adéquats; 

  • prépare des coopérants et des spécialistes au travail dans les pays en développement, et notamment des spécialistes allemands devant collaborer à ses propres projets; 

  • organise des conférences d'études avec des représentants des gouvernements des pays d'accueil; 

  • soutienne les médias dans l'élaboration de programmes éducatifs;

  • organise des formations continues pour des praticiens et des personnels administratifs de l'éducation des adultes des pays en développement et de la République fédérale d'Allemagne;

  •  propose des cours d'éducation des adultes à des étudiants de pays en développement;

  •  informe le public dans un esprit fidèle à la coopération au développement.

 Dans les pays en développement, le Service devait

  • coopérer avec les organismes responsables de l'éducation des adultes dans l'ensemble du secteur extrascolaire;
  • organiser des conférences d'études avec des représentants des gouvernements;
  •  former du personnel;

  • stimuler la collaboration avec des universités et des établissements d'enseignement supérieur dans des pays en développement et en Allemagne sur les bases de l'éducation des adultes;

  • aménager des centres locaux d'éducation des adultes;

  • organiser des programmes de bourses;

  •  encadrer le suivi des boursiers au moyen de publications et de séminaires complé mentaires;

  •  mettre à disposition des matériels d'enseignement et d'apprentissage adéquats;

  •  permettre la participation à des conférences et expositions nationales;

  •  soutenir les associations professionnelles internationales d'éducation des adultes.7

Developing Programmes for Adult Learners in AfricaL'orientation des activités de l'Institut vers les pays en développement s'exprime aussi clairement dans ses lignes de conduite qui ont cours jusqu'à aujourd'hui dans ses activités. Depuis la rédaction de leur première version en 1973, elles soulignent les points suivants:

  •  Dissocié de l'éducation, le développement n'est pas utile. Nous reconnaissons le droit des pays en développement à exiger davantage que des aumônes des pays riches industrialisés.

  •  Par «éducation des adultes dans des pays en développement», nous entendons toutes les activités qui contribuent, parallèlement ou ultérieurement aux formations générales et professionnelles accomplies dans des filières des
    systèmes d'éducation formels, à promouvoir la justice sociale et à aider les gens à satisfaire leurs besoins fondamentaux: éducation convenable, alimentation suffisante, logement, sécurité sociale, participation à la vie politique et sociale, activité culturelle.

  •  Dès le départ, l'éducation des adultes devrait avoir pour objectif de servir les personnes socialement défavorisées.

     

La mission de DVV International

 

Dès le début, les activités de DVV International se sont toujours caractérisées, entre autres, par la continuité. Notre travail présente aujourd'hui encore une orientation sociale et prend parti pour les intérêts et les besoins des couches de population défavorisées dans nos pays partenaires. Cette orientation est étayée par l'idée fondamentale de la solidarité avec les représentants et les organisations de l'éducation des adultes dans les pays où la perception et la continuation de
cette mission sont tributaires d'une aide de l'extérieur. Nos groupes cibles, en même temps ceux de nos partenaires, sont par conséquent avant tout les groupes marginalisés, les habitants de bidonvilles et de quartiers pauvres, les groupes de population indigènes, les petits paysans, les ouvriers agricoles, les chômeurs ou les personnes menacées de chômage et d'exclusion sociale, les jeunes sans emploi, sans formation et sans perspectives d'avenir ou les femmes dont les
capacités ne sont pas reconnus, qui sont opprimées et condamnées à se tenir à l'écart et à rester invisibles. Enfin, cette orientation est l'expression organisée de la part de responsabilités que prend avec engagement l'éducation des adultes en Allemagne dans le développement de son domaine d'activité dans ses pays partenaires.

Cette conception personnelle des missions de DVV International correspond à celle des universités populaires, elles aussi socialement engagées et qui se sont toujours particulièrement employées en faveur des droits à l'éducation des groupes de population défavorisés.

Project visit in Bolivia

Visite d'un projet en Bolivie
Source: DVV International

La continuité caractérise aussi les rapports de l'Institut avec son principal bailleur de fonds, le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ) qui sait tout à fait apprécier l'intervention de la DVV. Citons en exemple l'ancien ministre de la Coopération économique et du Développement, monsieur Carl Dieter Spranger, qui à l'occasion du 25e anniversaire de l'Institut, en 1994, énonça les raisons pour lesquelles son ministère n'avait jamais cessé de soutenir les activités internationales de la DVV depuis les années soixante:

«En soutenant les activités d'éducation des adultes menées dans une optique de politique du développement par la Confédération allemande pour l'édu cation des adultes, nous voulons avant tout conjointement avec elle renforcer les infrastructures institutionnelles et matérielles des organisations partenaires à l'étranger, former des éducateurs d'adultes à tous les niveaux et leur per mettre de suivre des formations continues, et améliorer les offres de matériels d'enseignement et d'apprentissage. Nous voulons en outre soutenir le déve loppement de la communauté sous forme d'approche intégrée de l'éducation des adultes, consolider les formations professionnelles initiales et continues, axées sur l'emploi et les revenus, et organiser des activités à la base dans des zones rurales et urbaines.

L'objectif de cette promotion des structures sociales dans le domaine de l'édu cation des adultes consiste à faire participer de vastes groupes de population au développement social et économique de leurs pays, à renforcer la volonté d'entraide et la responsabilité personnelle, et à obtenir durablement des effets créateurs de structures. Et par la même occasion, je souhaite en finir avec un préjugé: l'éducation des adultes qui se rapporte au développement se traduit avant tout par la transmission de connaissances et aptitudes en tant qu'aide à l'entraide et moyen de lutter contre la pauvreté. Il s'agit principalement d'assurer son existence et donc de répondre à des questions fatidiques pour beaucoup de gens dans nos pays partenaires.

Fishing in Rivers of Sierra Leone

Le BMZ met en outre à profit les expériences et connaissances de la DVV dans le domaine de l'éducation des adultes pour les activités d'éducation des adultes menées dans une optique de politique du développement. Les partenaires gouvernementaux et non gouvernementaux se complètent aussi dans ce secteur. Ensemble, nous voulons contribuer à améliorer l'image de la coopération au développement dans notre société et à faire en sorte qu'elle soit mieux acceptée.»8

Ceci est jusqu'à ce jour la mission de DVV International et la raison du financement de ses projets par le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ) qui subventionne ses activités à hauteur de quelque 85 %, ce qui fait du ministère la principale ressource financière de l'Institut.  

 

 

Les vingt premières années

Durant la première moitié de son existence, les activités de coopération de l'Institut se limitèrent aux pays en développement. La majeure partie des moyens financiers fut employée pour des projets en Afrique, suivis des projets en Amérique latine et en Asie, et, enfin, dans le Pacifique. Ces projets avaient différents thèmes principaux dont nous ne prétendons certes pas pouvoir ici donner une liste exhaustive.

En Afrique, des contes et des chants dans les langues vernaculaires furent recueillis en Sierra Leone dans le but de préserver la culture orale, et la création d'une éducation des adultes universitaire fut suggérée. En Somalie, des délinquants juvéniles détenus dans une prison pour jeunes bénéficièrent de formations à des métiers artisanaux. En République populaire du Congo, des romans-photos et des spots télévisés furent produits sur les thèmes de la santé et de l'alimentation dans le but d'atteindre la population illettrée. En Tanzanie, l'Institute of Adult Education bénéficia de notre appui dans la mise en œuvre d'un vaste programme de cours du soir, de groupes d'apprentissage par la radio, de cours à distance et de formation continue des coordinateurs au niveau des districts. En Ouganda, les partenaires de la DVV travaillèrent essentiellement avec des groupes de paysans. À Madagascar des activités furent entreprises avec des centres expérimentaux d'éducation des adultes à la campagne. Dans les universités riches en traditions d'Ouganda, du Kenya et de Tanzanie, des éducateurs d'adultes qui travaillaient déjà sur le terrain suivirent une formation diplômante qui avait pour but de professionnaliser leur travail. En Amérique latine, la Colombie, avec ses trois projets organisés parallèlement, fut le pays où se concentrèrent principalement les activités. Outre l'encadrement de groupes de travail coopératif, les efforts entrepris dans ce pays portaient essentiellement sur la formation professionnelle dans les quartiers et l'éducation fonctionnelle des adultes avec des groupes de paysans. En Bolivie, un programme national fut lancé dans le but d'équiper des ateliers éducatifs et de permettre aux enseignants d'obtenir des qualifications afin de réformer le système d'éducation des adultes du pays.

5 Book Titles

En Asie, les activités de coopération se concentrèrent sur des partenaires indiens. Par l'intermédiaire de l'association professionnelle régionale ASPBAE (Bureau Asie-Pacifique Sud pour l'éducation des adultes), un certains nombre d'organismes dans d'autres pays asiatiques ainsi qu'aux îles Fidji et Salomon dans le Pacifique purent être approchés.

La revue «Éducation des Adultes et Développement» qui vit le jour en 1973, qui était publiée en trois langues, l'anglais, le français et l'espagnol, et qui visait d'abord à fournir des documents aux boursiers des cours de formation de la DVV devint très vite la publication spécialisée dans l'éducation des adultes avec le plus grand tirage dans le monde.

Le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement subventionnait aussi chaque année depuis 1977 des activités d'éducation des adultes menées dans une optique de politique du développement dans
les universités populaires en République fédérale d'Allemagne. Par le biais de cours adéquats, ces activités devaient stimuler l'intérêt pour les pays en développement, ce qui devait aussi constituer un soutien pour les chargés de cours.

L'intérêt pour les populations et les cultures étrangères était souvent suscité par l'entremise d'un de leurs aspects particuliers que l'on employait pour
motiver les gens.Ainsi, dans les universités populaires allemandes on se mit par exemple à faire de la poterie comme en Afrique, du tissage comme au Pérou et du batik comme en Indonésie, à cuisiner comme au Kenya ou au Pakistan, à méditer comme en Inde et à faire de la gymnastique comme en Chine. Tout ceci était censé donner envie de participer, éveiller la curiosité à l'égard de ces pays et de leurs habitants aux techniques culturelles desquels on s'initiait, et accroître la compréhension et le respect vis-à-vis d'eux. En plus de techniques de travail, les cours inculquaient discrètement le respect des accomplissements culturels des peuples d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique latine et donnaient envie d'en savoir plus sur des gens qui, avec de si modestes outils et moyens étaient capables de produire avec un soin extrême des objets d'une grande beauté. De là vint l'intérêt pour les conditions de vie des gens dans le tiers-monde et l'engagement pour vaincre leur pauvreté et leur situation défavorisée. La bonne préparation des chargés de cours contribua essentiellement au succès de cette méthode: pour eux, des volumes de documents avaient été produits et des stages de formation continue organisés, notamment dans le cadre de voyages d'études soigneusement préparés et ultérieurement analysés, avec de longues phases de travail dans des villages de potiers ghanéens ou chez des tisserandes péruviennes.

 L'Institut participa activement au travail des associations internationales d'éducation des adultes. Il affecta de considérables sommes au soutien des associations régionales asiatique, latino-américaine, africaine et caraïbe, et prit une part active au travail du CIEA (Conseil international de l'éducation des adultes) et du Bureau européen de l'éducation des adultes, ce qui correspondait à un accord entre Roby Kidd et Helmuth Dolff: Roby Kidd devait s'efforcer d'obtenir un soutien au Canada pour le secrétariat du Conseil international dont le siège se trouvait à Toronto.

La DVV n'était pas en mesure de soutenir financièrement avec des moyens du ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement l'aménagement d'une organisation dont le siège était installé dans un pays industrialisé. Néanmoins, elle pouvait faire quelque chose pour les organisations régionales en Afrique, en Asie et en Amérique latine. La DVV s'en tient jusqu'à ce jour à cet accord informel.

 

L'Europe après le tournant de 1989 et les autres domaines d'intervention

La fin de l'année 1989 marqua le début d'un changement de situation qui devait considérablement changer la face de l'Institut. Chez nos voisins de l'Est, y compris à l'est de notre propre pays, survinrent des bouleversements sociaux que personne peu de temps encore auparavant n'aurait cru possibles. De la même façon que le mur tomba et que le rideau de fer se leva, les relations avec les secteurs de l'éducation des adultes en Hongrie, en Pologne, dans les pays baltes, en Tchécoslovaquie - à l'époque encore un État unique -, puis en Roumanie et en Bulgarie, et, enfin aussi, dans la Fédération russe purent devenir très différentes et s'intensifier par rapport aux relations malgré tout nouées et entretenues durant la guerre froide.

En matière d'éducation des adultes, nous ne pénétrions pas vraiment dans ces pays en terrain vierge: les pays d'Europe centrale et de l'Est ont en commun avec nous que l'éducation des adultes y jouit d'une longue tradition et y occupe une position sociale importante. Dans tous les pays existaient des associations et des sociétés d'éducation des adultes qui, comme chez nous, compensaient et complétaient le système d'éducation élitiste qui ne desservait pas de vastes parts de la population. À de nombreux égards, elles constituaient aussi une force politique qui accompagnait des mouvements nationaux ou qui était liée au mouvement ouvrier. En Pologne, au 19e siècle, l'éducation des adultes, qui se déroulait clandestinement en polonais, contribua à préserver l'identité nationale lorsque l'État cessa d'exister à la suite des partages territoriaux (cf. Norbert F.B. Greger, Ewa Przybylska: Erwachsenenbildung in Polen; IPE 17, Bonn 1996). La Société hongroise de vulgarisation scientifique fêta ses 150 ans en 1989. À l'occasion de cet anniversaire, l'ancienne présidente de la DVV, madame Rita Süssmuth, se rendit à Budapest où elle inaugura dans la foulée une exposition qui illustrait le passé et l'actualité des activités menées par les universités populaires allemandes.

Si les visites de délégations de la DVV, de la TWP polonaise ou de la Znanie soviétique avaient été rares, il est remarquable toutefois qu'elles aient pu avoir lieu. De tels voyages pour se rendre à des conférences internationales, notamment à celles de l'UNESCO, valaient la peine: les gens se connaissaient, se faisaient mutuellement confiance, compte tenu bien sûr des contraintes imposées par des systèmes idéologiques rigides, et c'est ainsi qu'il fut possible
d'ancrer des points de vue communs en matière de politique de l'éducation.

Book Title

Toutefois, avec le discrédit des systèmes socialistes, les organismes traditionnellement responsables de l'éducation des adultes perdirent pied. Si avant le tournant de 1989 ils étaient investis d'une mission qui consistait à éduquer le peuple et s'étendait à toute la société, certes dans une optique idéologique, mais avec la portée et l'équipement qui convenaient, après 89, ils se retrouvèrent au mieux tolérés par les instances gouvernementales. Les subventions diminuèrent de façon dramatique ou cessèrent parfois totalement de leur être versées. Auparavant, le territoire entier était équipé de structures, de voitures de fonction, de bureaux, de centres installés dans toutes les communes, d'enseignants rémunérés par l'État et d'un programme avec un public garanti, même si cette participation du public résultait souvent de la pression sociale et non d'un intérêt personnel. Après la chute du système, il ne resta plus que quelques pans de l'administration centrale, les centres fermèrent ou furent loués, les enseignants perdirent leur travail, le programme fut dégraissé jusqu'à ne plus proposer qu'une infime partie des offres d'autrefois. De toute façon une réorientation fondamentale était nécessaire, car la demande avait totalement changé et une concurrence complètement sauvage et axée sur le profit apparaissait. Les instances gouvernementales s'étaient partout retirées de la formation continue qu'elles avaient ainsi livrée aux forces du marché. Pourtant, la transition sociale et
économique nécessitait de façon urgente d'être soutenue par un système de formation continue, exactement à la mesure des besoins et accessible aux gens.

C'est surtout à Jakob Horn, à l'époque directeur de l'Institut, que la DVV doit d'avoir reconnu le vide qui régnait en matière de formation continue chez nos voisins de l'Est. Il avait pris part à des visites qui s'étaient auparavant déroulées entre des délégations de l'Est et de l'Ouest, et était en mesure d'apprécier la vraie dimension des mutations qui avaient fait perdre l'orientation à beaucoup de gens du fait qu'ils n'avaient pas de possibilités de s'éduquer. La nouvelle société exigeait de nouvelles méthodes de travail et de nouvelles formes de pensée, et comportait le risque de voir une nouvelle pauvreté, jusqu'alors inconnue, faire son apparition. Le gouvernement fédéral débloqua rapidement des moyens pour accélérer le passage d'une économie socialiste dirigée à une économie de marché démocratique dans les pays de l'Est voisins. Jakob Horn réagit immédiatement et argumenta que ces changements nécessitaient un système de formation continue fonctionnant et s'inscrivant dans une optique sociale si l'on voulait le créer dans l'idée qu'il dure et qu'il ne donne pas aux gens le sentiment de se sentir dépassés, mais au contraire qu'il les intéresse. Toujours selon lui, une partie des subventions fédérales utilisées pour soutenir les transformations sociales devaient par conséquent être employées pour la coopération dans le domaine de l'éducation des adultes, et la DVV était l'organisme qu'il fallait pour assurer la restructuration de la formation continue.

 

 

L'Hongrie et la Pologne

En 1990, les premiers projets élaborés en détail purent être proposés au ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement, et, petit à petit, des bureaux de projets de la DVV se créèrent, d'abord en 1991 en Hongrie et en Pologne. Des directeurs de projets particulièrement chevronnés et expérimentés furent envoyés sur ces deux sites où ils purent mettre à profit leurs connaissances et leur expertise dans le domaine de la coopération en matière de relations internationales sensibles.

Seminar in Poland

Seminaire en Pologne Source: DVV International

 

Jakob Horn avait acquis au fil des années une bonne connaissance de la situation en Hongrie et connaissait parfaitement l'éducation des adultes en Allemagne et les universités populaires allemandes, ce qui lui permit d'arranger de nombreux partenariats avec des organisations hongroises. Après de longues années passées à diriger l'Institut et fort de vingt ans d'expérience dans les affaires internationales, il disposait mieux qu'aucun autre du tact diplomatique nécessaire.

Norbert Greger possédait quant à lui l'inestimable avantage de parler couramment polonais. Les années précédentes, il avait coordonné pour la DVV les contacts avec le secteur de la formation continue en Pologne, était un excellent connaisseur de ce pays et de son passé sensible, et disposait, grâce à son expérience en tant que directeur de l'université populaire de Mülheim/Ruhr des compétences exactement nécessaires pour opérer en Pologne où la situation était devenue chaotique. Parallèlement à cela, un second projet, financé par le ministère fédéral de l'Éducation et de la Science, de la Recherche et de la Technologie, et qui avait pour objectif l'amélioration des relations avec la Pologne, misait sur une autre approche. De part et d'autre de la frontière germano-polonaise, des établissements de formation continue devaient organiser conjointement des manifestations pour assurer le rapprochement entre Allemands et Polonais, de façon à ce qu'ils fissent connaissance, perdissent leurs réticences mutuelles, surmontassent leurs préjugés et apprissent à vivre dans un climat de bon voisinage. Durant ce projet, directement dirigé depuis une antenne installée à la frontière à Francfort/Oder, naquirent de nombreux partenariats germano-polonais qui existent encore à ce jour. Nous innovâmes à l'époque en chargeant une citoyenne polonaise de la direction de ce bureau qui était installé en Allemagne. Ce qui serait tout naturel aujourd'hui, exigea de nous à l'époque de nombreux efforts pour pouvoir obtenir le permis de travail nécessaire pour notre collaboratrice.

En Tchécoslovaquie et dans les pays baltes, nous n'avions pas la possibilité de mettre en œuvre de vastes programmes depuis nos propres bureaux de projets. Toutefois, nous contribuâmes malgré tout à donner dans ces pays une orientation nouvelle à l'éducation des adultes et à l'asseoir sur des bases solides. Grâce à notre soutien, nos partenaires purent disposer de la marge de manœuvre, du temps et de l'espace nécessaires pour réfléchir, nouer des contacts avec des collègues et organisations en Allemagne et dans d'autres pays, et rassembler des idées pour l'organisation d'offres de formation continue répondant aux besoins des apprenants. La société Comenius (Akadémie J. A. Komenského) et ses centres régionaux en Tchéquie, et l'Akadémia Vzdelavánia d'éducation avec ses 41 filiales en Slovaquie ont conçu une vaste palette d'offres éducatives pour pouvoir se maintenir sur le marché. Notre partenaire slovaque a notamment réussi à se créer un réseau européen et à bénéficier des possibilités de subvention offertes par l'Union européenne. Dans les trois pays baltes, des associations nationales de l'éducation des adultes sont nées de la collaboration avec notre Institut. Elles ont
réussi à ancrer leur domaine d'activité dans les politiques de leurs pays respectifs et à nouer de bonnes relations avec les acteurs du paysage européen de la formation continue au côté desquels elles sont fermement intégrées au sein des réseaux européens.

L’Europe du Sud-Est et de l’Est

Les bureaux de projets de la DVV que nous pûmes créer par la suite furent ceux de Roumanie et de Russie en 1993, de Macédoine en 1997 et d’Albanie en 1999.

Depuis 1994, nous soutenons en Ukraine un centre de formation continue situé à Skole, dans la région de Lemberg, et où la formation professionnelle est associée à la pratique économique. Non seulement les gens y apprennent à se servir d’un ordinateur, mais aussi à acquérir des connaissances en boulangerie, en menuiserie ou en couture. Le centre fournit en outre ses propres produits au marché voisin et génère ainsi des revenus pour lui-même, en tant qu’entreprise, et pour les appre nants. Ce centre d’éducation, dont le nom qui signifie «Impulsion» est un gage de dynamisme, illustre bien la façon dont DVV International peut reprendre le projet de coopération d’un établissement individuel – dans le cas présent de l’université populaire de Regen – et en renforcer les effets.

En 2000, de nombreux partenariats virent le jour dans le cadre d’un projet régional intitulé «Renforcement des structures locales et régionales de l’éducation des adultes en tant que contribution à la stabilité en Europe du Sud-Est – EbiS». Une antenne de la DVV fut créée à Sofia en 2000 pour le diriger; elle reçut également le soutien du bureau albanais qui existait déjà. En dehors des vastes activités qui s’inscrivaient dans une perspective nationale et dans le cadre desquelles nous renforcions notre partenaire bulgare, des aides provenant du «pacte de stabilité pour l’Europe du Sud-Est», voté en 1999, permirent d’élargir sensiblement le champ d’action de notre Institut dans toute la région. De petits bureaux où travaillaient un ou deux ressortissants des pays respectifs furent créés en Croatie, en Serbie, au Monténégro, en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. En Roumanie et en Macédoine, des bureaux furent également intégrés dans la structure de l’EbiS. En plus des dif férentes activités spécifiques aux pays, des fêtes de l’éducation et des Semaines de la formation continue reçurent notre appui dans toute la région où nous fîmes aussi la promotion de certifications utilisables au niveau professionnel dans les domaines des langues étrangères et de la formation professionnelle.

En ce qui concerne la construction de la démocratie, la société civile et l’éducation à la tolérance, nous lançâmes deux voies programmatiques, l’History Project (Projet d’histoire) et le projet intitulé Seeding for Multiethnic and Intercultural Learning Ex periences (Smile – Ensemencement pour des expériences éducatives multiethniques et interculturelles), qui appuient les échanges interculturels grâce à des séminaires organisés pour des professeurs d’histoire et d’autres multiplicateurs dans tous les pays de la région. Les rencontres directes, parfois sur les lieux où se déroulèrent de sensibles épisodes historiques comme, par exemple, dans la ville bosniaque de Srebrenica, provoquent une transformation profonde de la conscience chez les participants, avec un changement de la perception de soi et des autres, ce qu’ils transmettent en tant que multiplicateurs à d’autres apprenants.

L’Asie centrale et la région du Caucase

DVV International Folder for Central Asia and the Caucasus Region

Ce fut un autre programme spécial qui introduisit un élargissement supplémentaire des régions où l’Institut organisait des projets: le «pacte de stabilité pour l’Asie centrale» voté fin 2001 et pour lequel le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement débloqua des fonds spéciaux dans le cadre du «train de mesures contre le terrorisme». L’Institut réagit en déposant une motion, argumentant que ce n’est qu’en apprenant et en travaillant ensemble que l’on pouvait jeter les bases pour venir à bout des préjugés, de la haine, de l’en vie de vengeance et du nationalisme aveugle dans la région. D’emblée, le projet comporta un volet concernant l’Afghanistan, bien qu’il eût été conçu pour l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan, des pays d’Asie centrale qui avaient autrefois appartenu à l’Union soviéti que. Le bureau de projets de l’Institut fut installé à Tachkent. Malgré l’appartenance géographique de ces pays au continent asiatique, les activités de l’éducation des adultes y sont principalement marquées par le passé de ces anciennes républi ques soviétiques en quête d’une nouvelle identité qui ravive parfois des nationalismes artificiels. Du point de vue économique, ces États entre tiennent toujours en quelque sorte des rapports satellitaires avec l’économie russe qui attire une main-d’œuvre composée de millions de personnes. À long terme, il se pourrait qu’ils forment des groupements d’intérêts avec des pays du sud-est de l’Asie, avec l’Inde, la Thaïlande ou l’Indonésie, et qu’ils doivent se consacrer aux mêmes domaines d’activité qu’eux en matière d’éducation des adultes. Actuellement, toutefois, les efforts entrepris en vue de créer un réseau entre les partenaires de l’éducation des adultes d’Asie centrale et ceux de l’ASPBAE n’avancent pas, de même que ceux visant à interconnecter leurs activités.

Pour les pays européens du Caucase, nous créâmes un bureau de projets régional à Tiflis, en 2000. De petites antennes de DVV International ouvrirent en Géorgie, en Arménie et en Azerbaïdjan. En raison de leur évolution fondamentale ment similaire, les projets d’éducation des adultes montés dans ces trois anciennes républiques de l’Union soviétique sont encadrés depuis le bureau régional de Tach kent. À la différence de l’Asie centrale, il existe une puissante identité européenne dans les pays du Caucase et par conséquent aussi une propension à s’associer à l’éducation des adultes européenne. Les contacts professionnels divers de DVV International en Europe font pour cela de lui un partenaire idéal. Plus qu’aucune autre organisation, l’Institut se consacre de façon intensive aux processus de suivi dans la région du Caucase.

Le dialogue des cultures entre l'Europe et l'Islam et la région de la Méditerranée

Depuis 2002, DVV International a intensifié sa collaboration avec les pays riverains de la Méditerranée en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Dans le cadre du «Dialogue des cultures entre l'Europe et l'Islam», nous avons organisé des conférences et des projets conjoints avec des organisations professionnelles européennes et des partenaires de l'éducation des adultes de tout le bassin méditerranéen. Ils avaient pour objectif de rapprocher les secteurs de l'éducation des adultes d'Europe et des pays africains riverains de la Méditerranée avec les pays du Moyen-Orient, de concrétiser leurs intérêts communs et de mettre en route une coopération entre les pays de ces régions. La conférence d'Alexandrie, en décembre 2005, fut jusqu'à présent le
point culminant de ce projet: à cette occasion fut créée l'Association méditerranéenne de l'éducation des adultes, non en concurrence de l'Association européenne pour l'éducation des adultes (EAEA), mais en complément de celle-ci. Les activités en Méditerranée sont avant tout remarquables du fait qu'elles créent un dialogue libre de préjugés dans cette région marquée par de nombreux conflits et ce, sans exclure aucun pays pour des raisons politiques ou culturelles. Avec les bonnes relations qu'il entretient avec tous les partenaires potentiels, DVV International est volontiers enclin à jouer un rôle d'intermédiaire sans quoi les projets conjoints comme ceux développés par des collègues israéliens et arabes seraient difficilement réalisables.

 

Market in Morocco

Marché au Maroc
Source: DVV International

 

Outre la stimulation des activités régionales, le soutien bilatéral de la formation continue dans les pays du Maghreb, plus précisément au Maroc, en Algérie et en Tunisie, est également demandé et nous souhaiterions répondre à cette demande dans la mesure de nos possibilités. Dans un premier temps, nous avons ouvert l'an dernier une petite antenne au Maroc grâce à des fonds du ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement. La première phase de soutien est principalement consacrée au travail avec des décideurs, des personnels d'organisations non gouvernementales et de la société civile, des universités et des organismes de recherche. Plus tard, des activités régionales appelant à la participation des pays voisins devront être conçues.

Les programmes de l'UE

Plus que toute autre chose, les programmes de soutien de l'Union européenne, notamment ceux que propose la direction générale «Éducation et Culture» depuis les années 90, ont modifié les activités de l'Institut.

Integration

Pourtant, on aurait pu penser au début que l'Union européenne prendrait l'éducation des adultes au sérieux, en tant que domaine de l'éducation. En 1995, lorsque furent présentées les premières ébauches pour la mise en place du programme Socrates, l'expression «éducation des adultes» n'apparaissait nulle part. C'est seulement à une action concertée de lobbying menée par quelques membres convaincus du Parlement européen (citons ici notamment madame Doris Pack, aujourd'hui directrice de l'Association des universités populaires de la Saare), à la présidente de la DVV, madame Rita Süssmuth, et à l'Association européenne pour l'éducation des adultes (EAEA), au sein de laquelle notre Institut était une force motrice, que nous devons l'introduction de l'éducation des adultes dans le programme sous le nom de «Adult Education and Other Pathways» (éducation des adultes et autres chemins). Durant la seconde phase du programme Socrates, à partir de 2000, elle s'était assuré une place avec l'opération «Grundtvig». Avec la communication intitulée «Making a European Area of Lifelong Learning a Reality» (Faire d'un domaine européen une réalité éducative tout au long de la vie), elle obtint en 2001 une place dans la politique de l'éducation, qu'elle a gardée jusqu'à
aujourd'hui, et qui constitue dans l'Europe toute entière une norme pour la formation continue. En octobre 2006, ceci fut complété par la communication
intitulée «Éducation et formation des adultes: il n'est jamais trop tard pour apprendre». L'importance politique de ces documents fondamentaux pour le secteur d'activité le l'éducation des adultes ne saurait être surestimé.

Phare et Tacis

En plus des programmes Socrates et Leonardo, les programmes PHARE et TACIS jouèrent un rôle essentiel pour DVV International et ses partenaires dans la transition des anciennes sociétés socia listes, car ils nous permirent d’élargir ici nos activités en Roumanie et en Russie. Dans ces deux pays, le NIACE, l’Institut national d’éducation des adultes et de formation continue en Angleterre et au pays de Galles, fut notre partenaire. En Roumanie, il s’agissait de créer sur tout le territoire des centres de formation continue et de développer des partena riats avec des centres allemands et bri tanniques. En Russie, il fallait consolider une filière de formation aux applications informatiques et l’essayer dans plusieurs centres pilotes disséminés dans ce gigantesque pays et qui devaient à cette fin être équipés d’ordinateurs. Ce furent les premiers fonds européens affectés à des projets d’éducation des adultes, qui n’en auraient pas bénéficié sans les efforts de notre Institut, car ils nécessitaient des fonds personnels à hauteur de ces sommes, ce qui faisait défaut à nos partenaires d’Europe centrale et de l’Est.

Socrates et Leonardo da Vinci

Nos partenaires en Europe du Centre et de l’Est ne furent tout d’abord pas en me-sure de participer par leurs propres moyens à des projets des programmes Socrates et Leonardo da Vinci qu’organisait la direction générale «Éducation et Culture». Il était toutefois stratégiquement indispensable pour eux de le faire, car ces projets leur donnaient la chance de tisser des liens avec des acteurs de l’éducation des adultes dans toute l’Europe et d’améliorer la qualité de leur propre travail. Il était par conséquent judicieux et nécessaire que notre Institut s’investît dès le début dans des projets européens et soutînt ses partenaires dans leurs efforts d’y participer. La liste des projets auxquels DVV International participa en tant que partenaire ou qu’il dirigea en tant qu’organisation dépositaire d’une demande, est longue et donne rait matière à un autre récit que nous ferons à un autre moment. L’éducation des adultes dans les musées fait partie de cette liste au même titre que «l’éducation par l’action» pour le développement local, le renforcement des minorités ethniques par des organisations d’entraide, la «home-school liaison», c’est-à-dire l’amélioration des rapports entre le milieu familial et l’école, et la mise en évidence du rôle de l’éducation des parents dans la réussite scolaire au sein des minorités ethniques, l’action contre l’exclusion sociale, l’éducation des personnes âgées, l’organisation de fêtes éducatives de la formation continue, la tolérance et la compréhension à l’égard des voisins musulmans, la formation professionnelle pour les personnes dé favorisées, notamment les migrants, la scolarité et la formation professionnelle pour des groupes de Roms, l’élaboration d’une filière européenne d’études au niveau du master pour l’éducation des adultes ou la vie dans des sociétés multiculturelles.

Gestion de projets de l'UE

 Dans les projets soutenus par l'Union européenne, il fallait procéder fondamentale ment autrement que jusqu'alors: il n'était plus question de collaboration bilatérale avec des partenaires en vue de soutenir certains plans ou projets.

Andragogical StudiesIl fallait à pré sent collaborer avec plusieurs partenaires de différents pays pour se pencher sur un thème donné, élaborer des matériels, concevoir des innovations et les essayer conjointement avec eux. Un tel projet devait produire une plus-value, c’est-à-dire constituer un progrès professionnel, notamment toutefois particulièrement pour l’Europe qui se soudait peu à peu. Les partenariats qui naquirent de cela étaient parfois peu conventionnels et auraient difficilement vu le jour sans les conditions imposées par la Commission européenne. Des partenaires du Portugal ou d’Espa gne qui coopéraient avec des organisations d’Irlande, du Danemark, d’Autriche, de Chypre et de Lituanie, voilà qui était inédit dans le paysage européen de l’éducation des adultes.

Le processus de soumission de demandes et d’agrément de la Commission exi geait des démarches nouvelles et inhabituelles pour la plupart des acteurs. Dans l’intérêt de la transparence et de l’égalité des chances, il fallait respecter des règles strictes quant à la forme et aux délais de la soumission des demandes. Ces derniè res devaient contenir des calculs au jour de travail près concernant la durée des activités et les frais matériels, le nombre des personnes impliquées, la répartition des tâches entre les partenaires participant au projet, la fréquence et la durée des réunions de travail et des séminaires, et la nature et la quantité de produits nécessaires tels que des livres ou des CD-ROM. Lors de la soumission d’une de mande, tous les partenaires devaient s’engager à fournir certaines prestations avec lesquelles ils entendaient participer aux frais de réalisation du projet. La durée du projet était définie de manière précise et au départ très courte. Durant la première phase de Socrates, les projets s’étalaient en règle générale sur un à deux ans. Entre-temps, la durée moyenne d’un pro-jet s’est prolongée d’un an. Des experts indépendants évaluaient les demandes dont l’élaboration avait exigé un travail de longue haleine et dont l’agrément était incertain. Toutefois, afin de pouvoir être comprises des experts, ces demandes devaient être rédigées en anglais, même si les partenaires n’avaient pas forcément le niveau linguistique nécessaire. Alors que les délais de soumission des deman des étaient délimités à la minute près, la Commission n’avait aucune obligation de respecter des délais aussi stricts pour les accepter et verser ses subventions. Bref, la procédure était lourde et son succès incertain. Il y avait aussi le risque lors de la vérification des rapports et de la comptabilité que la Commission se réservât le droit de classer certains frais dans la catégorie des dépenses non subventionnables et exigeât le remboursement des sommes correspondantes.

La Commission a beaucoup appris ces dernières années. Les conditions des de mandes et de réalisation sont certes restées strictes, mais elles se sont rapprochées des tâches et des capacités réelles des organismes de l’éducation des adultes. Les agences nationales ont joué ici un rôle primordial en conseillant et en soutenant les organisations dans leurs projets.

La contrainte d’une définition claire des objectifs, d’une analyse précise des besoins et du respect obligatoire de la planification a cependant aussi renforcé les compétences en gestion des organisations qui se laissaient souvent auparavant guider par leur intuition et leurs émotions. Notre propre travail a sans conteste aussi profité de cela.

L’UE et la coopération au développement

Malheureusement, les conditions de subvention de la Commission européenne pour la coopération avec des partenaires en Afrique, en Asie ou en Amérique latine étaient inapplicables pour notre Institut: elles reposaient sur le principe qu’une organisation non gouvernementale ne peut mener des activités utiles à la société civile que si elle est en mesure d’obtenir des fonds issus de sources privées, non gouvernementales, et qu’elle peut prouver qu’elle en est capable.

Étant donné que le financement par notre Institut représente exclusivement une part fixe des frais ad ministratifs des projets acceptés, nos tentatives répétées auprès de la Commission restèrent même infructueuses lorsque nous eûmes réussi à obtenir la participation d’un autre partenaire européen en mesure de prouver sa participation financière privée. Ceci est juste l’un des exemples qui montrent que les conditions administrati ves imposées par la Commission font souvent obstacle au travail utile et nécessaire d’organisations sérieuses, expérimentées et disposant de bons réseaux dans les pays partenaires. Entre-temps, nombre de nos partenaires ont toutefois appris à faire également sans notre aide des demandes de subventions européennes, et la Commission opère plus souplement avec les instruments à sa disposition.

Les appels d’offres

Ces cinq dernières années, l’Institut a pris une nouvelle mesure qui a changé le ca ractère de son travail. Nous nous efforçons à présent d’obtenir l’adjudication pour des appels d’offres lancés par la Commission européenne et d’autres organismes de financement comme, par exemple, la Banque mondiale. La plupart du temps, il s’agit d’élaborer des programmes d’éducation de base et d’alphabétisation, des concepts d’organisation de la formation professionnelle ou des bases législatives pour la formation continue.

Les appels d’offres sont un secteur d’activité fondamentalement nouveau pour nous. Jusqu’à présent, nous nous étions nous-mêmes toujours consacrés à la conception des projets que nous voulions réaliser avec nos partenaires. Mainte nant, il s’agit d’obtenir une adjudication en faisant une offre aussi avantageuse que professionnellement compétente pour la mise en œuvre d’un projet élaboré par l’organisme de financement et dont nous ne pouvons pas influencer la conception, en gardant à l’esprit que nous sommes totalement liés durant sa réalisation. En fai sant une offre, nous entrons directement en concurrence avec d’autres prestataires issus généralement du secteur des organisations de consulting opérant dans un but lucratif et dont les objectifs sont par conséquent très différents lorsqu’ils tentent d’obtenir les contrats. Dans la plupart des cas, une telle offre n’est pas présentée par une organisation mais par plusieurs qui se regroupent à cette occasion. Au sein d’un tel groupement, il faut négocier les tâches, les prestations à fournir, mais aussi les parts de financement à apporter. Une organisation exclusivement à but non lucratif de par sa tradition se meut tout d’abord de manière incertaine sur ce type de terrain. Tout un processus d’apprentissage s’enclenche, ce qui implique de surmonter une foule d’obstacles, mais aussi d’acquérir de nouvelles qualifications. D’un côté, il s’agit de parvenir à faire quelque chose dans le pays partenaire, ce que le soutien financier habituellement accordé à des projets par le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement ne permettrait pas; il faut élargir la portée des activités et intensifier leurs effets. D’un autre côté, on se prive d’une partie de son indépendance habituelle.

L’Institut s’est forgé une devise: veiller très précisément à ne se porter candidat pour des projets que si les prestations demandées correspondent aux objectifs que nos partenaires et nous-mêmes nous sommes fixés, et seulement si nous réu nissons les conditions professionnelles nécessaires pour vraiment pouvoir fournir ces prestations. Jusqu’à présent, nous y sommes bien parvenus. L’organisation en Guinée de l’éducation de base en tenant compte des besoins du groupe cible ou la participation au développement de la formation professionnelle en Albanie ou au Tadjikistan, pour ne citer que quelques-unes des missions de ce type, correspon daient de façon idéale à notre expertise et à nos objectifs.

Qu’est-ce qui a changé et qu’est-ce qui ne l’a pas?

L’ouverture à la coopération avec l’Europe centrale et de l’Est, et au sein de l’Europe n’est pas allée au détriment des efforts de DVV International dans le tiers-monde.

Le nombre de projets ainsi que le montant des fonds affectés à des projets pour les partenaires africains, asiatiques ou latino-américains n’ont a aucun moment diminué en raison de nos obligations en Europe. Pour DVV International, il n’a ja mais fait l’ombre d’un doute que chaque extension de ses activités internationales à d’autres domaines ne pouvait venir qu’en plus des obligations qu’il avait déjà dans les pays en développement.

L’ouverture de l’Institut aux pays de l’Est de l’Europe, aux républiques caucasien nes et à l’Asie centrale a élargi le caractère des activités de projets. Les anciens pays socialistes avaient tous disposé d’un système d’éducation relativement bien développé et couvrant l’ensemble de la population à de grandes parts de laquelle l’accès à l’enseignement supérieur était également ouvert. À la différence des pays en développement, il n’y avait là-bas pas de grand besoin en matière d’éducation de base élémentaire. Par contre, d’emblée, c’est vers des offres éducatives utiles professionnellement que se tourna principalement l’intérêt des gens, soucieux de se préparer aux profils professionnels et secteurs d’activité qui avaient changé. Émergea alors partout une demande de cours de gestion et de marketing, couvrant en gros tous les domaines d’une formation commerciale en Allemagne. La néces sité d’apprendre des langues de l’Ouest était immense. Étant donné que tous les organismes de l’éducation des adultes étaient tenus de couvrir leurs frais, ce type de cours impliquait pour les apprenants de considérables dépenses auxquelles la solidarité familiale ou l’endettement provisoire dans l’espoir d’améliorer ses revenus étaient les seules solutions pour s’éduquer.

À la différence des projets menés dans les pays en développement, ceux orga nisés en Europe de l’Est bénéficient d’une participation beaucoup plus immédiate des universités populaires. Non seulement on observe une quantité d’offres compa rables et une expertise beaucoup mieux utilisable dans l’immédiat, mais aussi bien davantage de liens entre les universités populaires et leurs personnels et les insti tutions partenaires auxquelles on pourrait avoir recours dans le cadre des projets. Faisons ici état de la stimulation des jumelages avec des communes allemandes et, dans ce cadre, de la mise en œuvre conjointe d’activités de formation continue.

D’un autre côté, la ligne de démarcation entre pays industrialisés et pays en développement est devenue très équivoque. Quoique la plupart des anciens pays de l’Est et des républiques issues de l’Union soviétique puissent un certain temps encore avoir recours aux anciennes normes éducatives et à l’infrastructure, qui s’effondre toutefois en maints endroits, un rapide coup d’œil suffit pour discerner le fossé dramatiquement béant entre pauvres et riches, les inégalités concernant les revenus, la marginalisation en progression et les chances de s’éduquer en baisse pour de grandes parts de la population qui illustrent clairement que de plus en plus de critères pouvant s’appliquer à ces pays sont également ceux que l’on emploie pour définir des pays en développement. Dans cette mesure, les domaines d’intervention de l’éducation des adultes deviennent de plus en plus semblables.

Malgré toutes les différences entre les pays, les cultures et les conditions socia les, une chose n’a pas changé: le défi qui consiste à permettre une participation sociale et politique plus importante grâce à un savoir accru. Ici, à l’instar des pays en développement, l’éducation des adultes, telle que nous la concevons, se met au service des gens qui seraient autrement laissés pour compte et désavantagés, et resteraient exclus. Nous l’avons toujours indiqué: l’éducation des adultes en soi n’est pas en mesure de résoudre les problèmes de notre planète et de ses habitants. Toutefois, sans elle, il ne peut pas y avoir non plus de solutions durables et soute nues avec conviction. Nous n’exagérerions pas en affirmant que sans éducation des adultes les citoyens et citoyennes ne seraient pas en mesure de façonner une démocratie dans leurs pays.

Appréciation finale

 

Voici maintenant quarante ans qu’existe l’Institut de coopération internationale de la Confédération allemande pour l’éducation des adultes. Beaucoup de temps donc! Nous avons vu que les activités internationales de la Confédération étaient même encore plus anciennes. Parvenir aussi longtemps à s’imposer dans un do maine qui ne se situe pas en tête de liste des priorités des bailleurs de fonds et des politiques, tant nationales qu’internationales, tout en poursuivant sa croissance et en ne cessant pas de se donner de nouvelles missions ne va pas de soi. Bien sûr, cet article n’a pu passer en revue que quelques-unes des étapes, peut-être les plus importantes, dans l’évolution de l’Institut. Retracer toute son histoire, en présentant tous les projets, les partenaires et les thèmes abordés, dépasserait son cadre – une tâche pour l’avenir.

J’ai souvent affirmé que l’époque, les intervenants et les circonstances ont permis à la DVV de disposer d’un institut opérant à l’international et considérant que sa mission consiste non seulement à échanger avec d’autres pays et organismes des points de vue concernant les activités et les expériences de part et d’autre, mais aussi à soutenir ces pays et organismes dans leur travail grâce à son expertise et à des ressources matérielles et financières. Fonder aujourd’hui un institut de ce type dans les mêmes conditions de travail m’apparaît impossible: les conditions seraient par trop impraticables et le risque trop grand d’engager du personnel sans la certitude de disposer des finances nécessaires et de pouvoir satisfaire les obligations qu’imposent la législation du travail, et la concurrence et l’obstination des organismes établis seraient trop fortes, tandis que la conception ne le serait pas assez et que les effets souhaités seraient trop difficilement vérifiables pour que des demandes de subventions auprès du ministère fédéral de la Coopération éco nomique et du Développement, du ministère des Affaires étrangères ou de l’Union européenne aient une chance d’aboutir. Il y a quarante ans, toutefois, la nécessité, des intervenants comme des politiques, de nouer des contacts internationaux et de d’être reconnus était si grande qu’une entreprise aussi hasardeuse que la nôtre, reposant sur des convictions éthiques et non sur des trames de planification rigides, put être menée à bien et réussit à s’imposer.

 

Notes

1 Helmut Becker, “Worldwide Education – New dimensions in education and training”, 1966, in Adult Education and Development, vol. 43, Bonn, 1994, p. 350.
2 Martin Wagenschein, “Adult Education through Public Dialogue in Latin America”, November 1973, UNESCO <unesdoc.unesco.org/images/0000/000062/006227eb.pdf>
3 Chris Duke, “DVV and ASPBAE – the Early Years”, in Adult Education and Development, vol. 60, Bonn, 2003, p. 85.
4 Chris Duke, “The Year OF the Sheep – International Cooperation for Adult Education,” in Adult Education and Development, vol. 60, Bonn, 2003, p. 30.
5 <http://www.pria.org/index.php?option=com_content&view=article&id=3&Itemid=8&lang=en
6 K. Sivadasan Pillai , “KANFED and the Adult Education Scene in Kerala”, Adult Education and Development, vol. 60, Bonn, 2003, p. 148. See also P.N. Panicker, “KANFED – A Private Organization Promoting Adult Education” in Adult Education and Development, vol. 60, Bonn, 2003, p. 141-145.
7 Helmuth Dolff, “Volkshochschulen and their international work” in Adult Education and Development, vol. 43, Bonn, 1994, p. 357.
8 See “German Adult Education Association Department for Adult Education in Developing Countries”, (1971), in Adult Education and Development, vol. 60, Bonn, 2003, p. 358-360.
9 Translated from: “Deutscher Volkshochschul-Verband: 25 Jahre Institut für Internationale Zusammenarbeit des DVV”, Bonn 1994, p. 12–13.