Déclaration de Bonn sur le financement de l’éducation des adultes pour le développement

          

          Recommendations

  1. Ces recommandations pour l’action ont été développées à la Conférence sur le financement de l’éducation des adultes qui s’est déroulée en Allemagne, à Bonn, les 23 et 24 juin 2009. Leur but est de fournir des informations sur les mesures à prendre lors de la sixième Conférence mondiale de l’UNESCO sur l’éducation des adultes (CONFINTEA VI), qui aura lieu au Brésil, à Belém, au mois de décembre, et sur les mesures à prendre ultérieurement.

    La Conférence de Bonn demande aux gouvernements nationaux

  2. de créer une base légale complète pour l’éducation des adultes là où elle n’existe pas encore afin de disposer de la base qui convient pour fournir un appui financier adéquat;
  3. d’allouer au moins 6 % du PNB à l’éducation, en affectant au moins 6 % de ce pourcentage à l’éducation des adultes et en en réservant la moitié à des programmes d’alphabétisation des adultes là où c’est nécessaire;
  4. d’intégrer l’apprentissage tout au long de la vie, y compris l’apprentissage des adultes, dans toutes les planifications stratégiques, l’affectation de ressources et les processus de mise en œuvre;
  5. de réaliser l’éducation pour tous, notamment les objectifs n° 3 et 4, ainsi que l’éventail complet des Objectifs du millénaire pour le développement;
  6. de mettre fin aux campagnes à court terme d’éradication de l’analpha-bétisme et de maintenir l’investissement dans les programmes requis, en appuyant la continuité des programmes d’apprentissage tout au long de la vie;
  7. de reconnaître l’importance d’appuyer l’apprentissage tout au long de la vie, y compris les offres d’éducation permanente post-expérience, pour tous les groupes et toutes les personnes de tous niveaux et de tous âges, dans toutes les sociétés;
  8. de travailler avec toute la société civile, y compris des organisations et des groupes d’intérêt du secteur privé, dans le but de tirer le meilleur profit des ressources disponibles;
  9. de se concentrer davantage sur des initiatives financières pour l’éducation des adultes venant des bénéficiaires finaux que sur de telles initiatives venant du haut;
  10. de prioriser le développement et l’éducation des femmes, y compris une approche intégrée de l’égalité des sexes, et de soutenir des interventions particulières visant à autonomiser les femmes;
  11. de soutenir le développement des compétences, en tenant compte des besoins particuliers des petites entreprises; 
  12. de trouver les liens entre le financement de l’éducation des adultes, la santé et le développement durable; de coordonner efficacement les différents services du secteur public et de contrôler dans quelle mesure les activités dans tous ces services rendent un bon apprentissage possible.

    Nous demandons aux organisations intergouvernementales

  13. d’honorer et de soutenir la réalisation des buts et mesures exposés ci-dessus concernant les gouvernements nationaux.
  14. Nous demandons à l’OCDE en particulier d’étendre le concept d’éducation des adultes dans le code CAD 112.30 (alphabétisation des adultes et édu-cation) à ses statistiques sur l’éducation dans le but de saisir d’autres aspects de l’éducation des adultes comme base pour élaborer des indicateurs et disposer d’un suivi dans ce domaine.
  15. Le G20 devrait insister avec le FMI pour que les conditions macroéconomi-ques prennent pleinement en compte l’importance de l’investissement dans développement humain (spécifiquement dans l’EPT) comme élément clé de la réponse à la crise financière.

    Nous demandons aux donateurs

  16. d’allouer à l’éducation des jeunes et des adultes au moins 6 % de l’aide dans le but de combler, à raison d’au moins deux milliards de dollars par an, le fossé financier dans ce domaine;
  17. d’appuyer, de collaborer et d’encourager la collaboration entre tous les in-téressés capables de contribuer aux efforts faits en général dans le domaine de l’apprentissage tout au long de la vie, notamment aux efforts en rapport avec les objectifs n° 3 et 4 de l’EPT, et à ceux entrepris en vue d’atteindre les OMD;
  18. d’inclure les taux d’alphabétisation des adultes dans les indicateurs de l’OMD n° 1: réduire de moitié la pauvreté, et de l’OMD n° 2: finir un cycle complet d’enseignement primaire;
  19. e reconnaître que les gouvernements nationaux devraient fournir les res-sources nécessaires pour assurer le droit à l’éducation de tous leurs citoyens, tout en reconnaissant, pourtant, que certains pays sont si pauvres que même en allouant le 6 % de leur PNB à l’éducation, ils n’arriveront pas à couvrir chez eux les coûts de l’EPT, l’aide extérieure étant ici essentielle pour offrir à ces pays le soutien tel qui leur a été promis à Dakar.

    En conséquence, demandons à l’Initiative de mise en œuvre accélé-rée (IMOA – Initiative Fast Track)

  20. de considérer l’éducation des adultes comme faisant partie intégrante de l’EPT et d’en tenir compte comme il se doit dans les politiques qu’elle sou-tient.

    Nous demandons à l’Union européenne et à la Commission euro-péenne

  21. d’instaurer davantage de cohérence politique entre les programmes d’aide intérieure de l’UE, adéquats en termes d’éducation des adultes et d’appren-tissage tout au long de la vie, et les programmes d’aide extérieure de l’UE (y compris le Fonds européen de développement, l’Instrument de coopération et développement, et l’Instrument européen de voisinage et de partenariat) qui par trop souvent négligent l’apprentissage et l’éducation des adultes;
  22. d’introduire l’apprentissage tout au long de la vie et l’éducation des adultes dans toutes leurs politiques de développement, évaluations par pays et documents de stratégie par pays;
  23. d’aligner le programme Grundtvig Mundus sur l’Erasmus Mundus en tant que programme d’échange dans le domaine de l’éducation des adultes et d’autres projets entre les communautés de l’éducation des adultes des pays dans et hors de l’UE.

    Nous recommandons que le mouvement mondial d’éducation des adultes et d’apprentissage tout au long de la vie réuni à Belém s’engage 

  24. à accorder au moins la même importance à la création du capital social et culturel qu’à la création du capital financier et des revenus en investissant dans l’alphabétisation, l’éducation des adultes et l’apprentissage tout au long de la vie, pour le bien-être durable de la communauté et des pays;
  25. d’exercer une influence sur la volonté politique et d’obtenir l’appui des médias pour disposer d’un financement adéquat, en fournissant des exem-ples concrets de la valeur de l’éducation des adultes et de son retour de l’investissement.

    Contexte et déclaration

  26. Nous étant réunis en Allemagne, à Bonn, les 23 et 24 juin 2009, et nous préparant à participer à la sixième Conférence mondiale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA VI), reportée au mois de décembre 2009, qui aura lieu au Brésil, à Belém, nous reconnaissons traverser un moment crucial de l’histoire humaine.
  27. Cependant, nous envisageons l’avenir dans un esprit résolument optimiste. Nous pouvons trouver l’inspiration en laissant planer notre imagination au-delà de ce que nous faisons à présent, mais dans un esprit réaliste quand nous fixons des priorités pour des ressources concurrentes.
  28. Le monde de plus en plus marqué par l’interdépendance se trouve pris entre une catastrophe qui était évitable, créée de toutes pièces par le genre humain, et l’opportunité pour les gens et leurs gouvernements, à tous les niveaux, de prendre intelligemment le contrôle de leurs destinées partagées. Nos débats à Bonn ont illustré de façon vivante la complexité de ce que l’éducation des adultes doit maintenant accomplir.
  29. Les problèmes chroniques générés de longue date par la croissance dé-mographique, la mobilité des peuples pour des raisons politiques et éco-nomiques, et des inégalités massives qui recommencent une fois de plus à augmenter entre les personnes, les communautés et les nations nanties et démunies ont atteint un stade critique. L’écosystème que nous partageons tous est en butte à des pressions qui peuvent mener à une destruction de l’environnement si nous ne modifions pas nos comportements, en apprenant et en vivant une culture de la modération et de la préservation au lieu de nous livrer à l’exploitation et à la croissance concurrentielles.
  30. Les crises associées au réchauffement du globe, aux disettes et à la concur-rence pour se procurer de la nourriture, de l’eau et de l’énergie menacent de déclencher une nouvelle époque de migration de refugiés, de conflits inter-culturels et de guerres pour les ressources. Le besoin de nouvelles ressources énergétiques renouvelables montre la voie davantage vers la récupération coopérative que vers une relance économique pure et simple.
  31. L’effondrement récent des systèmes fiscaux mondiaux, provoqué par cette même culture non viable, a conduit à la récession économique et à la me-nace de l’apparition d’un nouveau nationalisme égoïste et protectionniste. Il est fort possible que la crise financière actuelle ait des effets négatifs profonds et à long terme sur les pays en développement, creusant ainsi les inégalités. Le besoin d’un soutien à vaste échelle est urgent.
  32. Nous ne pourrons trouver la sortie de cette crise mondiale complexe et aux multiples facettes qu’à travers la participation active et la capacité de mobilisation, les compétences informées, la sagesse et la solidarité de tous les peuples et de toutes les communautés. Ces choses ne peuvent pas seulement s’obtenir grâce à l’habileté des gouvernements, même les plus sages, ou grâce aux mécanismes naturels de l’économie de marché. Les gouvernements locaux, régionaux et nationaux, ainsi que les agences do-natrices doivent faire les plus grands efforts pour mobiliser et pour appuyer tous types d’agences et d’organisations dans le but de travailler ensemble au profit d’un système et d’une culture d’apprentissage tout au long de la vie.
  33. Nous déclarons que l’apprentissage tout a long de la vie, qui comprend l’apprentissage des adultes, ancré dans des principes d’équité, de durabilité et d’équilibre entre les buts sociaux et économiques est un droit humain universel. Il est au cœur du renouveau mondial et d’une importance capitale pour aborder nos problèmes insolubles. Cela signifie qu’il faut voir toutes les personnes comme des ressources essentielles en vue d’un développement efficace et durable, reposant sur leur propre capacité et leur propre engage-ment.
  34. Ces principes s’appliquent à toutes les nations et dans toutes les conditions, et au développement coopératif entre les nations, Sud-Sud et Nord-Nord, ainsi que Nord-Sud.
  35. L’apprentissage tout au long de la vie est une condition essentielle pour que nous soyons capables de nous prendre nous-mêmes en main et de prospérer économiquement. La capacité d’apprendre – des nations, de leurs gouver-nements et des agences internationales, ainsi que des individus et des com-munautés, pour la société civile et pour ses citoyens – sous-tend l’aptitude à former des jugements et à nous conduire sagement et efficacement en faveur de l’intérêt public. Certains bénéfices apportés par l’éducation des adultes et le développement de compétences sont susceptibles d’être soumis à un traitement économétrique; d’autres, comme la baisse du racisme, ne sont pas moins importants, mais ne sont pas facilement mesurables. 
  36. Nous reconnaissons qu’il y a eu une série d’échecs partagés de la part du mouvement de l’éducation des adultes qui n’a pas pu faire connaître le rôle central de l’apprentissage tout au long de la vie pour la santé économique et le bien-être social, ni l’adopter comme tel. Ceci est dû en partie à la nature peu structurée et illimitée de ce domaine.
  37. L’apprentissage des adultes est présent partout, et les dispositions de soutien à l’apprentissage sous forme d’offres d’éducation des adultes sont plus ré-pandues que celles se déroulant dans des salles de classe. Le développement des compétences pour l’emploi est essentiel, mais ce n’est qu’une partie de ce dont la société et ses citoyens ont besoin. L’apprentissage tout au long de la vie implique la création d’un milieu d’apprentissage pour une participation active et confiante qui contribuera à l’émergence de sociétés apprenantes.
  38. Nous disposons de certaines informations qui devraient nous permettre de mieux intervenir et pourraient être utilisées pour améliorer notre action sociale, mais nous devons recueillir des informations plus nombreuses et de meilleure qualité.
  39. En particulier, les gouvernements doivent intégrer dans toutes les arènes politiques et tous les secteurs gouvernementaux les activités qu’ils mènent pour réaliser l’apprentissage tout au long de la vie et créer une société ap-prenante.
  40. Les acteurs du secteur non gouvernemental doivent s’employer plus efficace-ment à défendre le rôle autonomisant et créateur de capacités d’une éduca-tion de haute qualité. Au long d’un éventail de compétences démarrant au stade de l’analphabétisme, ceci comprend une alphabétisation pleinement fonctionnelle, tant pour les peuples moins favorisés que pour les plus favori-sés, comme l’une des clés du développement humain et du développement des nations. L’analphabétisme n’est pas séparé de l’alphabétisation par une ligne magique, ce qui vaut aussi pour les besoins des différentes nations, pauvres ou riches, d’apprendre tout au long de la vie en cette ère nouvelle du savoir.
  41. Une telle position est politique. Nous affirmons le caractère central de l’inté-rêt public exprimé à travers la gouvernance des nations afin de garantir, et là où cela se révèle nécessaire en y pourvoyant directement, la disponibilité de moyens et de ressources pour assurer un apprentissage de haute qualité et couronné de succès pour tous, adultes et jeunes, tout au long de la vie, et pour garantir l’affectation des ressources appropriées – infrastructures, personnel, ressources pour l’enseignement et l’apprentissage – afin de rendre tout ceci possible et accessible à tous.
  42. Nous déclarons que la volonté politique et les moyens pour réaliser cela doivent comprendre des dispositions légales transparentes et solides, une planification à long terme et l’affectation de fonds appropriés à tous les ni-veaux gouvernementaux. Ceci doit impliquer, rendre possible et demander la participation et la contribution actives du secteur privé, notamment pour l’apprentissage et la formation fondée sur l’emploi, et du secteur tertiaire, ou de la société civile. Il faut construire une culture de confiance et d’obli-gation redditionnelle, étayée par un partage réaliste des rôles, l’attribution des objectifs et des dispositions de suivi et d’évaluation. 

    Plus largement, en observant le mouvement mondial d’éducation des adultes et d’apprentissage tout au long de la vie, nous deman-dons aux participants à la conférence qui se réuniront à Belém en décembre 2009

  43. d’être ambitieux et intrépides lorsqu’ils spécifieront et exigeront, pour les budgets de tous les pays et les programmes d’aide internationale, des niveaux d’affectation de ressources pour l’éducation des adultes et l’apprentissage tout au long de la vie qui seront à la hauteur de l’importance, de l’urgence et de la nécessité proclamées dans ce document ; dans des ordres de grandeur comparables à ceux des dépenses effectuées dans d’autres buts financiers, économiques et politiques considérés d’une importance critique;
  44. de promouvoir l’apprentissage des adultes en tant qu’élément central pour sensibiliser le public et aider à gérer le défi posé par le climat à l’échelle mondiale, et de faire pression dans cette affaire lors de la Conférence intergouvernementale qui aura lieu à Copenhague prochainement.

    Nous recommandons qu’ils s’engagent

  45. à améliorer notre conception professionnelle, la base de nos connaissances, notre habileté et notre ingéniosité quant à la préparation et à l’appui donnés au personnel et aux animateurs, et à déterminer les meilleures méthodes, modalités, aides, matériels et systèmes de fourniture d’offres d’enseignement et d’apprentissage;
  46. à assurer la transparence et l’obligation redditionnelle dans ce que nous accomplirons;
  47. à élaborer une déclaration, à présenter au Sommet de Copenhague, sur le rôle vital de l’éducation des adultes pour un développement durable et à produire des déclarations, sur les stratégies d’apprentissage des adultes, à mi-parcours de la Décennie des Nations unies pour l’éducation au service du développement durable.
  48. Nous recommandons de travailler avec les gouvernements de tous bords et avec tous les secteurs et partis, tant au niveau gouvernemental qu’à travers tous les secteurs de la société civile, dans le but d’une collaboration avec eux, dans un but commun et dans le cadre de partenariats sans lesquels l’apprentissage tout au long de la vie restera inaccessible.

    Nous encourageons les gouvernements

  49. à convoquer, si nécessaire, des tables rondes sur l’éducation des adultes dans le développement national, en réunissant tous les intéressés comme base d’une collaboration active;
  50. à créer des mécanismes permettant un suivi de l’aide à l’éducation des adultes dans tous les secteurs et à tous les niveaux;
  51. à recueillir et assembler des informations éclatées sur un ensemble com-plet de niveaux d’alphabétisation, pas seulement sur l’alphabétisation/l’analphabétisme, et sur des niveaux de participation à l’éducation des jeunes et des adultes;
  52. à rassembler des dossiers nationaux sur les avantages des programmes d’éducation des adultes;
  53. à recueillir des informations de base avant toute intervention de l’éducation des adultes et à faire des contrôles et évaluations rigoureux;
  54. à créer leurs propres points de référence nationaux et puis à les dévelop-per, et à examiner les politiques et programmes à la lumière des points de référence internationaux établis et des bonnes pratiques.

    À partir de Belém nous suggérons

  55. de développer des plans d’alphabétisation et d’éducation des adultes com-prenant des stratégies de durabilité, et des objectifs à réaliser d’ici 2012, et de les mettre en œuvre comme faisant partie des engagements de la CONFINTEA VI, des plans de l’EPT et de ceux s’étendant à tout le secteur de l’éducation, et des plans généraux d’éradication de la pauvreté;
  56. de planifier une stratégie qui prenne en compte les expériences des appre-nants adultes à travers des organisations de base;
  57. et de mettre en place un mécanisme de suivi mondial de la politique pratiquée en matière d’éducation des adultes interagissant avec des mécanismes tels que le Rapport mondial de suivi (GRALE) et les complétant. Le GRALE devrait faire partie d’un mécanisme de suivi et de traçage régulier.
  58. Les gouvernements devraient s’engager à procéder à un suivi régulier des objectifs de la CONFINTEA VI et à développer un travail de recherche à ce sujet, s’accompagnant d’un plan pour réaliser un bilan de mi-parcours qui coïnciderait avec la réalisation de l’EPT et des OMD fixée pour l’horizon 2015.

Séance d’ouverture 

Source: Barbara Frommann