David Archer

Le discours suivant a été tenu par David Archer, directeur du service de l’éducation à ActionAid, à l’occasion de l’atelier sur le financement de l’éducation des adultes pour le développement. Sa demande pressante: «faire de 2010 une année d’action en ce qui concerne le financement de l’éducation des adultes.»

La CONFINTEA dans le contexte de la crise financière: défis et possibilités


Ces douze dernières années, depuis la CONFINTEA à Hambourg, l’absence de financement pour l’éducation des adultes a gêné les progrès dans la plupart des pays. Peu de gouvernements ont priorisé le financement de ce secteur quasiment dépourvu de bailleurs de fonds. Il est probable que la crise financière de l’an née dernière fasse encore empirer la situation l’an prochain en affectant même les quelques pays qui ont défendu, voire accru leurs dépenses dans le secteur de l’éducation des adultes. Politiquement, l’éducation des adultes est une cible relativement molle, son budget pouvant somme toute être réduit sans crainte de protestations massives.

Tout cela semble totalement déprimant, mais en fait, je pense que cette situation renferme d’immenses possibilités pour l’année à venir et que la CONFINTEA pourrait faire une vraie différence si nous l’utilisons comme point de départ et non comme point d’aboutissement. Nous devons faire de 2010 une année d’action en ce qui concerne le financement de l’éducation des adultes.

Il faut que nous constations des progrès dans le financement de l’éducation des adultes tant en ce qui concerne les budgets nationaux des gouvernements que les budgets d’aide. Pour ce qui est de l’aide, l’Initiative de mise en oeuvre accélérée (IMOA/«Fast Track Initiative, FTI) de l’éducation pour tous (EPT) est l’initiative qui a eu le plus d’influence ces six dernières années. Elle réunit trente bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, et a mobilisé 1,5 milliard de dollars USD pour soutenir l’éducation dans trente-cinq pays. Jusqu’à présent, l’IMOA a constitué elle-même une grande partie du problème, du fait qu’elle occupe l’espace de l’EPT (et inclut soi-disant par conséquent tous les adultes), mais qu’elle est uniquement organisée de façon à soutenir des investissements dans la scolarité primaire. Si l’on note quelques exceptions à cela (Burkina Faso, Bénin), le cadre de l’IMOA, avec ses indicateurs s’appliquant exclusivement aux écoles primaires, reste trop réducteur.

Toutefois, l’IMOA change. Son conseil d’administration s’est déjà mis d’accord sur le principe de son l’élargissement, et les discussions portent à présent sur la question de savoir s’il faut l’étendre de façon à ce qu’elle couvre tous les plans du secteur de l’éducation ou l’EPT. Ce qui de prime abord semble être la même chose, ne l’est en fait pas: en choisissant la première possibilité, les ministères de l’Éducation des différents pays seront encouragés à présenter leurs plans pour tout le secteur formel de l’éducation du primaire à l’enseignement supérieur, en passant par les niveaux intermédiaires. Toutefois, l’éducation des adultes et l’éducation de la petite enfance risquent de ne pas être incluses (du fait qu’elles relèvent souvent de la compétence d’autres ministères et sont considérées comme ne faisant pas partie du système formel). Nous devons clairement insister pour que l’accent soit mis explicitement sur l’EPT!

La vaste évaluation de l’IMOA actuellement en cours, dont il est probable qu’elle illustrera à quel point la concentration réductrice sur la scolarité primaire a ébranlé les investissements dans l’éducation des adultes, entraînera probablement le sou tien d’une couverture explicite de l’EPT. Cette évaluation sera publiée en janvier 2010 et pourrait déclencher un processus de rapide changement dans la foulée duquel l’IMOA pourrait devenir un projet beaucoup plus ambitieux et plus inclusif, probablement rebaptisé du nom d’Initiative mondiale pour l’éducation. Ceci pour rait bien faire une grande différence en ce qui concerne l’aide financière mise à la disposition de l’éducation des adultes.

Cependant, les financements nationaux sont peut-être même plus importants et il se peut que ce soit eux que la crise touche le plus sévèrement, notamment dans les pays à revenus faibles et moyens. Nombre des pays riches du G8 ont répondu à la crise financière mondiale en investissant dans des politiques de sti mulation fiscale, maintenant les dépenses dans des secteurs tels que l’éducation. L’argument avancé pour cela: en temps de crise, le pire que l’on pourrait faire serait de supprimer les dépenses, car ceci aggraverait la récession qui dégénérerait alors en véritable dépression. On considère qu’investir dans l’éducation est particulièrement utile, car il s’agit d’un investissement solide dans la croissance à long terme de l’économie.

Ceci contraste bien sûr de façon dramatique avec ce que le FMI s’est évertué à raconter ces trente dernières années aux pays à revenus faibles et moyens. On leur a dit que dans des périodes de difficultés financières, l’austérité était de mise et qu’il fallait réduire ses dépenses. On leur a dit de procéder à ce que l’on appelle des dépenses cycliques au lieu de faire des dépenses anticycliques – comme on les effectue maintenant dans les pays plus riches. Dans ce contexte, les budgets de l’éducation ont particulièrement souffert.

Ces cinq dernières années, ActionAid et la Campagne mondiale pour l’éducation ont publié un ensemble de rapports de recherche illustrant l’impact des politiques traditionnelles du FMI sur les dépenses en matière d’éducation, y compris les objectifs concernant le maintien d’un déficit et d’une inflation de faible niveau. Nos recherches sur les limitations de la masse salariale imposées par le FMI au secteur public et sur la façon dont elles bloquent le recrutement des enseignants ont contri bué à ce que le FMI fasse marche arrière dans ses politiques en 2007. Le FMI craint énormément toute recherche prouvant réellement les dommages qu’il cause!

 

Participantes de Venezuela
Source: Joseane Nunes


 

 

 

En réponse à la crise financière, le FMI a déclaré avoir changé. Il prétend avoir éliminé la plupart des conditions qu’il avait l’habitude d’imposer et avoir autorisé une bien plus grande souplesse. Son site Internet claironne qu’il a autorisé les pays à faire augmenter leur déficit de 2 %. Ceci faisait partie d’un remarquable effort de relations publiques entrepris par le FMI pour convaincre le G8 et le G20 qu’ils avaient la possibilité d’aider les pays à revenus faibles et moyens à traverser la crise financière. Et ça a marché. En avril 2009, le G20 a effectivement affecté un billion de dollars au FMI, lui donnant ainsi le plus grand coup de fouet depuis des années.

En avril 2009, nous avons décidé de vérifier les déclarations du FMI en exami nant chaque accord qu’il a passé avec les pays à faibles revenus depuis le début de la crise financière en septembre 2008. Dans «Education on the Brink (CME, 2009), nous constations que, au contraire de ce qui avait été affirmé, il n’y avait presque aucun changement. Les objectifs macroéconomiques demeuraient. Par conséquent, la renaissance du FMI grâce à l’argent du G20 était une très mauvaise nouvelle pour l’éducation (et les mauvaises nouvelles concernant le financement de l’éducation en général sont particulièrement funestes pour l’éducation des adultes qui est souvent le secteur dont il est le plus facile de se débarrasser!). Nous avons sommé le FMI de s’expliquer et il a promis qu’il était en train de changer, ce qui se verrait au fil du temps. Nous avons par conséquent réexaminé la question en septembre 2009 et constaté un seul petit signe de changement: le FMI avait auto risé une augmentation des objectifs des déficits pouvant aller jusqu’à 2 % – ceci n’ayant toutefois été autorisé que pour 2009, la situation de tous les pays devant revenir dès 2010 ou 2011 aux traditionnels étroits objectifs d’austérité. Cette sou plesse affichée par le FMI est en fait profondément rigide. Aucun gouvernement n’accroîtra ses dépenses dans l’éducation avec une étroite fenêtre de financement ouverte tout juste pendant un an. La vision fondamentale du FMI sur le monde n’a pas changé et, malgré les nombreuses tentatives pour leur donner un nouvel aspect, les politiques macroéconomiques discréditées, adoptées depuis de nombreuses années par le FMI, n’ont pas changé non plus.

Nous devons continuer d’exercer des pressions sur le FMI pour qu’il soit à la hauteur de ses discours et permette aux pays à revenus faibles et moyens de disposer de l’espace fiscal nécessaire pour investir davantage dans l’éducation. L’un des meilleurs moyens de maintenir la pression passe à présent par le G20 qui prend le relai du G8 comme forum international clé. Nous pensons que durant l’année 2010 le G20 pourrait assumer un rôle majeur dans deux domaines: il pourrait aider à plaider en faveur d’une Initiative mondiale pour l’éducation élargie et meilleure (de façon à ce que nous obtenions davantage d’aide pour l’éducation) et poser des conditions au soutien qu’il accorde au FMI (exigeant de lui une réforme plus authentique pour que les pays puissent augmenter leurs dépenses intérieures).

 

Recréation
Source: Fatima Rodrigues

 


 

 

 

Mais pourquoi cet optimisme en ce qui concerne 2010? Une raison à cela: l’an prochain, l’éducation pourrait bien devenir le thème le plus séduisant du développement. Comment? Par l’intermédiaire de «l’objectif n° 1: la campagne de l’Éducation pour tous. Il s’agit d’un lien stratégique entre la Campagne mondiale pour l’éducation (CME) et la FIFA (la Fédération mondiale de football), établi autour de la finale 2010 de la coupe du monde de football en Afrique du Sud. C’est l’évènement sportif le plus grand de tous les temps en Afrique, qui aura probablement l’un des taux d’audience les plus élevés jamais réalisés à la télévision en réunissant quelque 3 milliards de personnes devant le petit écran. La CME a pu avoir contact avec les plus grands footballeurs mondiaux qui tournent des spots appelant à viser «1BUT: l’éducation pour tous» et qui seront diffusés l’an prochain dans le monde entier (voir www.join1goal.org). Faire des progrès dans le domaine de l’éducation pour tous sera considéré comme le grand héritage social de cette première coupe du monde sur le sol africain.

Bien entendu, ceci pourrait devenir un buzz médiatique qui restera lettre morte si nous n’y prenons pas garde. L’objectif est d’utiliser cette mobilisation des masses pour assurer de véritables changements – en nous concentrant sur le financement de l’éducation. Il est probable que plus de 30 millions de personnes rejoindront cette campagne, et on leur enjoindra d’écrire à leurs chefs d’État pour demander à ces derniers de prendre des mesures concernant les financements nationaux ou l’augmentation de l’aide. Une tentative particulière visera à pousser des leaders à se rendre à la réunion de l’ONU en septembre 2010 à New York pour y prendre des engagements au sujet du financement de l’éducation. D’ici là, l’attention sera aussi principalement tournée sur la rencontre du G8 en juin, au Canada, puis, après New York, sur la réunion du G20 au mois de novembre en Corée – en espérant que l’éducation puisse être le premier grand thème du développement au sujet duquel le G20 (aiguilloné par l’attention des masses suscitée par 1BUT) prendra des mesures. Certains nouveaux pays membres du G20, notamment le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde, la Corée et la Chine seront approchés pour défendre cette question et demander que le G20 tout entier adopte des mesures pour aider les pays à augmenter leurs financements nationaux de l’éducation (en préconisant davantage de réformes du FMI) et en accroissant l’aide à l’éducation (par le biais d’une Initiative mondiale pour l’éducation pour tous indépendante et plus vaste, tirant les leçons de l’évaluation de l’IMOA).

Il est encore tôt, mais nous avons une véritable chance de faire du financement de l’éducation pour tous «le grand thème de l’année 2010. À ce titre, il faut considérer la CONFINTEA comme un tremplin pour l’action. Les militants de l’éducation des adultes doivent se joindre à d’autres militants de l’éducation pour assurer que la mobilisation des masses provoquée par la campagne 1BUT se traduise par des mesures significatives. Nous devons veiller à ce que le TOUS de l’éducation pour TOUS englobe bien aussi les adultes. En anglais, on dit que ce «ALL» signifie aussi Adults and Lifelong Learning, c’est-à-dire une éducation pour tous, y compris les adultes et tout au long de la vie.

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