Sue Upton

Sue Upton est coordinatrice du réseau Reflect ouest-africain PamojaŸ. Elle relate ici en détail la naissance du réseau dont elle présente les objectifs et stratégies, les rapports qu’il entretient avec des organisations bailleresses, les mesures qu’il prend pour se consolider lui-même, la mission pour laquelle il a été créé et les avantages que les membres tirent de son action. Disposer d’un secrétariat puissant et qui fonctionne, et trouver des financements de base solides et fiables est essentiel pour lui.

Pamoja Afrique de l’Ouest et le réseau Reflect

Cet article est consacré à Pamoja afrique de l’Ouest, le réseau ouest-africain des praticiens Reflect (www.pamoja-west-africa.org ). il se penche sur la création du réseau, ses membres, ses objectifs, son financement, son efficacité et sur les preuves que les activités qu’il coordonne ont des résultats positifs et procurent des avantages. Cette analyse a pour but de démontrer la valeur ajoutée du réseautage et de plaider en faveur d’un appui constant et approprié de telles activités.

Pour pouvoir comprendre le réseau Pamoja, il est utile d’avoir une certaine notion de l’approche Reflect et de la place qu’y occupe le réseautage:

Reflect est le nom d’une approche innovante de l’éducation des adultes et du changement social qui associe les théories de l’éducateur brésilien Paulo Freire à des méthodes participatives. elle fut développée dans les années quatre-vingtdix dans le cadre de projets pilotes au Bangladesh, en Ouganda et au salvador. aujourd’hui, elle est employée par plus de cinq cents organisations dans plus de soixante-dix pays. un éventail d’outils participatifs, qui s’étoffe sans cesse, est utilisé pour identifier et analyser des questions sociales, économiques, culturelles et politiques, et permettre ainsi aux participants de communiquer leur savoir, leur expérience et leurs sentiments sans que la maîtrise de la lecture et de l’écriture, ou la langue ne constituent un obstacle pour eux. dans ce processus, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, et d’autres techniques de communication, est intimement lié à la participation des gens à de plus vastes processus de développement et de changement social. Reflect crée l’espace démocratique où des groupes de personnes (les cercles Reflect) peuvent se rencontrer et parler de thèmes pertinents pour eux. soutenus par des facilitateurs locaux, les participants choisissent ces sujets en fonction de leurs priorités et décident quand et où ils veulent se réunir. des organisations qui ont recours à la méthode Reflect ont reçu en 2003, 2005, 2007, 2008 et 2010 des prix d’alphabétisation décernés par l’unesCO (www. reflect-action.org).

Le réseautage fait partie intégrante de la méthode reflect aux niveaux local, national et international. les facilitateurs de communes voisines se réunissent régulièrement pour discuter de leur travail, chercher des solutions à des problèmes qu’ils ont en commun et partager leurs réussites. dans de nombreux pays d’afrique, les organisations qui soutiennent des activités Reflect à la base se regroupent pour former des réseaux nationaux de praticiens Reflect connus sous le nom de Pamoja Nationaux.1

Représentation
du réseau Reflect

Un certain nombre d’entre eux sont membres de réseaux subrégionaux, le mieux établi d’entre eux étant Pamoja afrique de l’Ouest, et tous les Pamoja nationaux font partie de Pamoja afrique, le réseau des praticiens Reflect d’afrique. Pamoja afrique est membre du CiraC (Cercle international reFleCT action et communication) et de la plate-forme africaine de l’éducation des adultes qui a réuni quatre réseaux africains se consacrant à l’alphabétisation des jeunes et des adultes pour qu’ils s’expriment d’une seule voix à la COnFinTea vi de Belém en 2009 au Brésil.2 la dernière réunion physique du CiraC s’est déroulée en 2007 au sénégal. Toutefois, un forum de partage de l’information et un débat virtuels sont ouverts aux praticiens Reflect du monde entier depuis le camp de base Reflect.

Contexte et origines de Pamoja Afrique de l’Ouest

de 1993 à 1995, la méthode Reflect fut introduite en afrique par actionaid depuis l’Ouganda. en 2001, elle était utilisée par des partenaires d’actionaid, d’autres OnG nationales et internationales, et des ministères d’autres pays africains. actionaid soutenait alors des activités subrégionales de réseautage par le biais de coordinateurs installés dans des antennes en Ouganda, au Mozambique et au Ghana, et finançait un coordinateur pour l’afrique francophone via l’OnG malienne Jeunesse et développement (J&d). actionaid tenait à voir des pays étrangers s’approprier son innovation couronnée de succès tout en se consacrant à d’autres priorités. C’est ainsi qu’actionaid offrit son appui à des praticiens Reflect de tout le continent pour les aider à créer Pamoja afrique, le réseau des praticiens Reflect africains, dont le secrétariat était installé en Ouganda. les objectifs principaux du réseau étaient entre autres les suivants: développer des forums Reflect, promouvoir la collaboration et la solidarité entre les organisations, créer des capacités au sein de la communauté des praticiens Reflect et influencer la politique et la pratique des gouvernements, des OnG et des organisations bailleresses de fonds.

de 2002 à 2008, Pamoja afrique fut dirigé par des membres élus du conseil des Pamoja qui réunissait des représentants des pays d’afrique où l’approche Reflect était pratiquée. un conseil d’administration d’Ouganda était chargé de superviser le secrétariat. À mesure du retrait progressif d’actionaid, le secrétariat eut de plus en plus de difficultés à trouver des financements pour les activités de réseautage et se concentra sur la mise en oeuvre de projets. au fil du temps des questions touchant à la structure, à la gouvernance et à des détails pratiques opérationnels conduisirent le secrétariat à cesser ses fonctions. Pamoja afrique continue d’exister en tant que concept, et sa constitution a été remaniée, mettant davantage l’accent sur les réseaux subrégionaux; elle n’a toutefois pas été mise en application.

Création de Pamoja Afrique de l’Ouest

en 2000, des praticiens Reflect de réseaux distincts francophones et anglophones d’afrique de l’Ouest se réunirent pour la première fois, ce qu’ils firent par la suite tous les ans jusqu’au forum de 2006 où ils décidèrent de se regrouper au sein d’un réseau unique baptisé Pamoja afrique de l’Ouest, une décision précipitée par la disparition du poste de coordinateur Reflect anglophone chez d’actionaid au Ghana. depuis 2006, le réseau subrégional est coordonné depuis le Mali. en 2009, Pamoja afrique de l’Ouest, qui était encore un réseau informel, se fit inscrire au registre officiel du Mali. son secrétariat est toujours installé dans les locaux de l’OnG malienne Jeunesse & développement à Bamako.

Membres, organisation et gouvernance

actuellement, le réseau se compose de douze réseaux nationaux ouest-africains de praticiens Reflect du Bénin, du Burkina Faso, de Gambie, du Ghana, de Guinée-Bissau, de Guinée-Conakry, du libéria, du Mali, du nigeria, de sierra leone, du sénégal et du Togo. Chaque réseau national définit ses propres paramètres et est dirigé par ses membres de façon à prendre en compte les spécificités de chaque pays et à rester fidèle au principe d’un réseau du bas vers le hautŸ, par opposition au modèle du haut vers le basŸ. Cependant, pour assurer la cohésion globale et en reconnaissance de leurs objectifs communs, les réseaux membres doivent se conformer à la constitution de Pamoja afrique de l’Ouest et envoyer des délégués aux assemblées générales annuelles où se décident les plans stratégiques et la planification annuelle. ils doivent aussi s’acquitter de frais d’inscription et d’une cotisation annuelle peu élevés.

les réseaux membres ne sont ni développés ni opérationnels au même degré. Certains ont un personnel rémunéré alors que d’autres bénéficient du temps que leur accorde les organisations membres; certains ont leurs propres bureaux, quand d’autres sont abrités dans les locaux d’une OnG membre; certains ont des partenaires qui financent leurs activités, tandis que d’autres n’en ont pas, et l’on relève des cas de rapports plus ou moins développés avec les ministères gouvernementaux idoines.

Pamoja afrique de l’Ouest a un comité consultatif élu, composé de cinq membres ayant un mandat de trois ans. il est constitué de membres de cinq Pamoja nationaux différents. les Pamoja nationaux des pays anglophones et des pays francophones sont représentés respectivement par deux membres et celui de l’unique pays lusophone par un membre. les postes de président et de secrétaire général sont pourvus par roulement par des ressortissants de pays anglophones et francophones au terme de chaque mandat de trois ans.

Objectifs, stratégies et activités

Pamoja afrique de l’Ouest cherche à promouvoir et faciliter pour les adultes et les jeunes l’accès à un apprentissage de qualité tout au long de la vie pour contribuer à un développement équitable et durable en afrique de l’Ouest. il plaide pour que l’alphabétisation devienne une priorité dans tous les pays de la sous-région et promeut l’utilisation de l’approche Reflect en tant qu’outil efficace de développement du pouvoir d’agir des communautés, de changement social, d’alphabétisation et d’apprentissage.

Depuis 2000, quand les praticiens de différents pays ont commencé à se réunir régulièrement, leurs activités collectives se sont largement focalisées sur le plaidoyer, la création de capacités, le réseautage et la communication. les objectifs prioritaires du plan stratégique 2011-2015 sont listés ci-après.

     

  1. Contribuer à accroître le taux d’alphabétisation chez les adultes dans les pays membres.
  2. Création et suivi de politiques nationales d’éducation non formelle dans les pays membres.
  3. affectation d’au moins 3 % des budgets de l’éducation à des programmes d’alphabétisation dans les pays membres.
  4. encourager l’utilisation de Reflect et les enseignements tirés ensemble des bonnes pratiques.
  5. Créer des mécanismes efficaces pour surveiller et évaluer la réalisation des engagements pris en matière d’éducation des jeunes et des adultes.
  6.  

 

Le réseau vise à atteindre ces objectifs en renforçant les projets Reflect, les enseignements et la bonne gouvernance que ses membres ont en commun, et le plaidoyer en faveur de l’éducation non formelle. les chapitres suivants présentent des exemples d’activités menées dans chacun de ces domaines de façon à permettre au lecteur de se faire une idée du travail substantiel réalisé par le réseau.

Renforcer Reflect

en plus de la formation des formateurs à la méthode Reflect, les ateliers subrégionaux ont couvert un ensemble de sujets, entre autres l’utilisation de Reflect dans le contexte de la gestion scolaire, du viH-sida, du suivi de budget et de l’évaluation et du suivi participatifs. les Pamoja nationaux sont invités à dépêcher un représentant et une représentante aux ateliers subrégionaux dans l’attente qu’ils partageront une fois rentrés dans leurs pays les informations qu’ils auront recueillies. le secrétariat complète l’impact de ces ateliers en proposant, entre autres, le soutien technique approprié qui lui est demandé.

Plaidoyer pour l’éducation non formelle

en 2007, Pamoja afrique de l’Ouest coordonna une caravane de minibus qui parcoururent 3467 kilomètres à travers la Guinée, le sénégal et le Mali pour sensibiliser davantage et partager des informations concernant l’importance de l’alphabétisation et de la prévention du viH-sida dans les communautés situées le long de leur itinéraire. la caravane fut rejointe par des OnG maliennes à Bamako pour une grande marche avec pour objectif de présenter des requêtes et points de vue de communautés le long de son parcours à des décideurs nationaux, régionaux et internationaux assistant à la Conférence régionale de l’unesCO pour le soutien de l’alphabétisation dans le monde, qui se tenait à Bamako à une date coïncidant avec la journée internationale de l’alphabétisation. la principale requête adressée aux gouvernements était la demande d’affecter un minimum de 3% des budgets nationaux de l’éducation pour soutenir les programmes d’alphabétisation. durant la conférence, le président malien engagea son pays à respecter cette demande.

De 2008 à 2010, Pamoja afrique de l’Ouest coordonna des analyses de politiques de différents pays membres en matière d’éducation non formelle en vue de créer un tronc d’informations de base et d’attirer l’attention sur l’importance de ces questions. les équipes nationales réunissaient des représentants de gouvernements et de la société civile, et des universitaires spécialistes de l’éducation dans le but d’analyser et de dresser un état des lieux des politiques pratiquées alors en matière d’alphabétisation des jeunes et des adultes afin de créer une base pour les activités de plaidoyer en cours. deux conférences subrégionales eurent lieu pour permettre aux pays francophones et anglophones de partager les résultats de leurs recherches et débattre des mesures à prendre.

Enseignements partagés

des échanges ont lieu régulièrement entre les pays dans le cadre des activités de réseautage. les visiteurs ne sont pas uniquement des délégués des réseaux membres, il s’agit aussi d’autres acteurs stratégiques de l’éducation des jeunes et des adultes. Ceci a pour but de créer des notions communes et de promouvoir la collaboration entre les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux. de telles visites servent aussi à encourager la diffusion de pratiques Reflect innovantes et la création de capacités par le biais d’une expérience partagée. les visites dans des communautés Reflect améliorent le profil des cercles concernés tout en permettant de débattre sur leurs activités et de fournir des occasions aux gens qui ne connaissent pas la méthode Reflect de découvrir celle-ci en action. Ceci contribue non seulement à encourager une démarche de plaidoyer ancrée dans les réalités locales et à attirer l’attention sur l’alphabétisation et l’environnement dans lequel se déroule le processus d’alphabétisation, mais aussi à faciliter la diffusion de l’information concernant les événements et débats d’actualité au sujet de son importance au plan local. en 2011, les visites d’échange se déroulèrent en sierra leone. elles portaient essentiellement sur le partage des meilleures pratiques Reflect de toute l’afrique de l’Ouest. Ces visites furent si riches d’inspiration qu’elles donnèrent lieu à la rédaction d’un ouvrage disponible bientôt et destiné à donner davantage de visibilité à ces meilleures pratiques.

Gouvernance

les réunions du comité consultatif et l’assemblée générale lors desquelles se réunissent des représentants de tous les réseaux membres constituent un point essentiel des activités du réseau. elles servent à assurer que le secrétariat reste fidèle aux valeurs de Pamoja afrique de l’Ouest et que le réseau conserve son utilité pour ses membres et continue de refléter leurs besoins et aspirations. les réunions de ce type sont d’importants forums de partage, de discussion et de planification.

Quels sont les avantages?

depuis sa création, il y a douze ans, Pamoja afrique de l’Ouest a connu une évolution organique, répondant aux idées et actions de ses membres malgré le peu d’importance accordé au financement et au soutien de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle. il est une ligne de communication directe avec des dizaines de milliers de participants à des cercles Reflect locaux dans toute l’afrique de l’Ouest, ce qui légitime sa mission de plaidoyer et fait de lui un moyen de diffusion de l’information. alors que le réseau est loin d’avoir épuisé ses possibilités en raison des ressources limitées actuellement disponibles, on constate déjà ses avantages à différents niveaux.

Collaborer avec les ministères

Les ministères de l’éducation trouvent des interlocuteurs de la société civile dans les Pamoja nationaux qui servent à défendre et soutenir le développement et la mise en oeuvre de politiques de l’éducation non formelle, y compris l’attribution de financements appropriés pour elles. les réseaux membres nationaux ont contribué à accroître le subventionnement gouvernemental des programmes d’alphabétisation au Mali et au Bénin, à obtenir l’approbation des gouvernements quant à l’utilisation de Reflect comme approche de l’alphabétisation au Bénin, au Burkina Faso, au Mali et en sierra leone, et à la mise en vigueur d’un politique de salaire minimum pour les facilitateurs en alphabétisation au Mali.

Le suivi des progrès réalisés en vue de respecter les engagements du cadre d’action de Belém3 exige un processus de consultation et de coopération entre les gouvernements et la société civile, et les Pamoja nationaux y prennent une part active. Pamoja afrique de l’Ouest est en contact avec l’institut de l’unesCO pour l’apprentissage tout au long de la vie, l’organisme chargé du suivi du cadre

Une influence organisatrice, un point de convergence et un centre de documentation

L’existence d’un réseau subrégional donne de l’importance aux réseaux nationaux et les encourage, particulièrement en cette période fondatrice. les réseaux voisins se soutiennent souvent mutuellement et partagent leurs compétences et expérience. le secrétariat subrégional fait office de point de convergence et de ressource pour obtenir des informations, et il a servi à valider les réseaux nationaux et à les mettre en rapport avec des partenaires potentiels. C’est aussi un point de jonction avec d’autres réseaux et organisations oeuvrant au changement.

Diffuser l’innovation et développer les ressources

les membres du réseau ont contribué à développer et à expérimenter le cadre d’évaluation Reflect intitulé Compter les graines du changementŸ publié en2009. À la suite de cela, le secrétariat a facilité et soutenu le déploiement du cadre d’évaluation dans toute la sous-région. de ce fait, le secrétariat a de plus en plus été utilisé comme ressource par les membres du réseau et les ministères de l’éducation pour une mise en oeuvre au plan local et l’évaluation participative de projets.

Délégués des Pamoja nationaux en 2011 à l’assemblée générale de Pamoja Afrique de l’Ouest à Foundiougne, au Sénégal
Source: Sue Upton

Les membres font un récit enthousiaste des échanges et de leur retour chez eux non seulement avec des idées, outils et conceptions nouveaux, mais aussi avec un regain d’engagement et d’énergie pour leur travail. de tels enseignements partagés forment la base pour de nouvelles ressources comme la publication à venir des meilleures pratiques Reflect.

Synergies et points communs

les amitiés dépassant les frontières nationales et linguistiques sont entretenues par téléphone, courriel et via des réseaux sociaux, étoffant ainsi les liens, ce qui accroît la cohésion sociale, la compréhension mutuelle et la solidarité, tout ceci étant particulièrement important dans une région où de nombreux pays traversent des périodes d’instabilité politique. le modèle proposé au niveau subrégional encourage les agents du développement à apporter leur pierre à l’édifice de réseaux nationaux dynamiques et à veiller à ce que les coûts du réseautage des facilitateurs au niveau local soient intégrés dans les budgets des projets.

Financer le secrétariat et les activités du réseau

Les partenaires

le réseau Reflect en afrique de l’Ouest était initialement financé par actionaid. Toutefois, vers 2004, DVV International devint une source constante de financement essentielle pour Pamoja afrique de l’Ouest – et l’est resté jusqu’à aujourd’hui. les autres partenaires sont, ou ont été, entre autres l’iCCO, Oxfam GB, l’adea, l’uil et le Finnish refugee Council qui ont tous fourni des financements à court terme ou soutenu des événements précis.

La cotisation des membres

les Pamoja nationaux paient un droit d’inscription et une cotisation annuelle, ceci en signe de leur engagement de membres, mais ne pouvant suffire à entretenir les activités du secrétariat. les Pamoja nationaux se composent majoritairement d’OnG à but non lucratif. Ces organisations sont tributaires d’un financement externe pour mener leurs activités axées sur certaines des populations les plus pauvres dans les communautés les plus démunies du monde. Pamoja afrique de l’Ouest est solidaire avec ces communautés et oeuvre au développement de leur pouvoir d’agir, mais n’espère pas tirer de ressources d’elles.

Difficultés actuelles

Tandis que l’importance du réseautage est largement admise et que Pamoja afrique de l’Ouest est considéré comme un acteur menant des activités constantes dans le domaine de l’alphabétisation et de l’éducation des jeunes et des adultes, il lui est difficile d’obtenir l’appui financier qui lui est nécessaire. Ceci menace l’avenir du réseau et l’empêche de donner toute sa mesure.

Alors qu’il est relativement facile d’obtenir le financement d’un événement ponctuel, il est beaucoup plus ardu d’obtenir de bailleurs de fonds qu’ils s’engagent à financer le fonctionnement du réseau sur plusieurs années. Cela signifie que les six premiers mois de chaque année sont employés à chercher des financements pour mettre en oeuvre le plan d’activité et que les six derniers mois se déroulent dans la frénésie pour dépenser avant la fin de l’année l’argent recueilli. Ceci ne permet pas d’employer efficacement le temps ni les ressources et cela signifie que la planification à long terme exigé pour atteindre nos objectifs est quelque peu spéculative étant donné que le soutien financier nécessaire n’est pas assuré.

En plus de la situation financière mondiale qui affecte le secteur du développement dans son ensemble, un certain nombre de facteurs rendent la dotation en ressources des activités de Pamoja afrique de l’Ouest particulièrement difficile. les critères des bailleurs de fonds pour l’octroi de financements sont aussi souvent inadaptés aux besoins d’un réseau subrégional:

     

  • pays particuliers où l’argent peut être dépensé;
  • un rapport entre coûts opérationnels et coûts des activités qui ne tient pas compte du fait qu’en raison de sa fonction première, un réseau nécessite un secrétariat composé du personnel qui convient pour mener à bien les missions requises avant d’avoir besoin de financements conséquents de ses activités;
  • un désir de mettre en oeuvre le programme du bailleur de fonds dans des pays particuliers par opposition aux points de financement contenus dans le plan stratégique de Pamoja afrique de l’Ouest.
  •  

Le secrétariat

Le secrétariat se compose actuellement d’une coordinatrice à mi-temps. Pour fonctionner efficacement, il faudrait un adjoint bilingue à plein temps et un assistant financier/administratif. il faudrait que le financement de ce personnel soit assuré pour au moins un an, voire plus si possible, avant qu’un recrutement ne soit faisable. il est également essentiel de diversifier le financement entre plusieurs bailleurs de fonds pour assurer l’indépendance du réseau.

Le secrétariat doit remplir les missions suivantes:

     

  • mettre en oeuvre le plan stratégique via des plans annuels fixés;
  • mettre à jour le site Web en français et en anglais (idéalement aussi en portugais);
  • trouver des financements;
  • être régulièrement en contact avec les membres et partenaires;
  • faciliter le suivi d’activités passées (analyse de la politique d’éducation non formel/suivi du budget/suivi et évaluation) et classement, traduction et partage des résultats;
  • répondre à des demandes internes et externes d’informations, de formation, d’articles et de documentation;
  • rassembler des informations et préparer des publications;
  • mettre à jour la base de données;
  • présenter des rapports aux membres et partenaires.
  •  

Les activités annuelles sont entre autres les suivantes: ateliers subrégionaux, visites d’échange, soutient à des projets de plaidoyer, participation à des forums internationaux pertinents et à l’assemblée générale annuelle. le budget global annuel avoisine les 100 000 euros, mais le réseau ne dispose actuellement que d’un tiers de cette somme pour fonctionner. il offre déjà une valeur ajoutée importante et pourrait faire beaucoup plus pour améliorer les taux d’alphabétisation dans des pays où ils sont les plus faibles au monde, mais ceci exige l’engagement constant de bailleurs de fonds enclins à fournir des sommes d’argent relativement modestes sur plusieurs années.

Un nombre pléthorique de réseaux?

De nombreux réseaux et forums se consacrent à différents aspects de l’éducation, et l’on a avancé qu’ils seraient bien plus efficaces en unissant leurs forces. Bien que ceci ne fasse aucun doute, il est essentiel de se concentrer sur des aspects particuliers de l’éducation. Par exemple, l’anCeFa4 se concentre sur la scolarité primaire, le FaWe5 sur l’éducation des filles et Pamoja sur la promotion de l’alphabétisation des jeunes et des adultes, et chaque réseau doit être renseigné sur les campagnes des autres et les soutenir. Toutefois, si l’on réunissait ces différents thèmes au sein d’un réseau unique, les réseaux se concurrenceraient bientôt pour obtenir plus d’attention et de ressources alors qu’ils sont en fait complémentaires et s’aident les uns les autres à atteindre leurs objectifs.

La réunion de plusieurs réseaux à l’occasion d’un évènement particulier a été illustrée grâce à la plate-forme africaine pour l’éducation des adultes qui a permis à quatre réseaux d’éducation non formelle de s’exprimer d’une seule voix à la COnFinTea vi. néanmoins, eu égard aux défis que posent la création et le fonctionnement d’un réseau efficace, il est plus probable qu’un nombre important de petits réseaux produise des organisations efficaces, et ils sont aussi le signe d’une société civile dynamique.

Réunion de travail à l’assemblée générale en 2011
Source: Sue Upton

Certains réseaux sont créés et soutenus par des organisations de développement ayant des financements à offrir; certains cessent leurs activités une fois l’enthousiasme initial dissipé; d’autres sont voués à l’inaction en raison d’une mauvaise gouvernance. voici douze ans que Pamoja afrique de l’Ouest fait ses preuves. Ce réseau existe parce que ses membres l’ont graduellement construit de la manière qui répond le mieux à leurs besoins. si ce qu’il a accompli est encore modeste, mais il pourrait faire beaucoup plus et l’occasion se présente maintenant, à un moment où ses membres sont puissants et enthousiastes. Toutefois, le réseau ne dispose pas des ressources nécessaires pour se donner le secrétariat qu’il mérite.

Conclusion

nous espérons que cet article servira à démontrer la valeur ajoutée que le réseautage peut offrir. Malgré les différences considérables existant sans aucun doute entre les organisations, les pays, les régions et les cultures, les idées et les expériences valables dans une situation peuvent être intelligemment transférées d’un lieu et d’une situation dans d’autres, comme l’illustre l’utilisation de l’approche Reflect dans plus de soixante-dix pays. Pamoja afrique de l’Ouest favorise la mise en oeuvre de ce processus dans des pays d’afrique de l’Ouest présentant de grandes similarités, mais aussi au Maroc, voire plus loin encore. le réseau soutient et encourage des activités de plaidoyer pour que les adultes et les jeunes puissent exercer leur droit à l’éducation via des programmes d’alphabétisation bien financés et efficaces. Tandis que ces activités de plaidoyer se situent principalement au niveau national, le fait qu’elles sont menées simultanément dans toute la sous-région ne peut faire qu’accroître leur visibilité et la pression exercées sur les gouvernements et leurs partenaires du développement, contribuant ainsi à créer le monde dans lequel nous voulons vivre.

Notes

1 En kiswahili, le mot Pamoja signifie ensemble. 2 la CONFINTEA (Conférence international sur l’éducation des adultes) est organisée tous les douze ans par l’UNESCO.
2 L a CONFINTEA (Conférence international sur l’éducation des adultes) est organisée tous les douze ans par
l’UNESCO.
3 La déclaration des engagements pris par les gouvernements lors de la COnFinTea vi pour améliorer l’éducation des adultes. D’action de Belém, ce qui garantit aux Pamoja nationaux qu’ils reçoivent des mises à jour pertinentes pour soutenir leurs activités avec les gouvernements.
4 African Network Campaign for Education For All/réseau africain de la campagne pour l’éducation pour tous.
5 Forum for African Women Educationalists/Forum des éducatrices africaines. Obtenir plus d’attention et de ressources alors qu’ils sont en fait complémentaires et s’aident les uns les autres à atteindre leurs objectifs.

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