Apprendre près de chez soi – tableaux de l’éducation de proximité dans différents endroits du monde

Uwe Gartenschlaeger
DVV International
Allemagne

 

 

 

 

Résumé – Les études de cas et rapports des centres d’apprentissage de proximité de par le monde brossent un portrait vivant du caractère original et de la diversité de l’éducation de proximité aujourd’hui. Si le nom de ces établissements varie en fonction des lieux, l’idée est partout la même : proposer aux gens, là où ils vivent, une offre éducative axée sur la demande, efficace et démocratique. Dans un monde où l’écart entre riches et pauvres s’agrandit, l’apprentissage local, en tant qu’élément essentiel de l’éducation non formelle, offre un outil puissant pour donner à ceux qui en ont le plus besoin la possibilité de s’instruire. Les exemples que vous trouverez dans cette revue mettent en lumière une partie de ce secteur de l’éducation encore négligé et dramatiquement sous-financé. 



Il y a quelques années, une collègue allemande déléguée à la Commission européenne me dit : « Tu sais, Uwe, à Bruxelles, nous avons un nouveau bébé baptisé ‘ community learning centre ’, centre d’apprentissage de proximité. Nous pensons qu’il pourrait être la voie menant à l’apprentissage tout au long de la vie en Europe : proche des gens, axé sur la demande et pas cher. » En réfléchissant à ce qu’elle m’avait dit, je pensai : « Une minute, n’est-ce pas justement là ce que fait la ‘ Volkshochschule ’ (l’université populaire allemande) dans notre pays ? Ne s’agit-il pas d’une nouvelle étiquette pour quelque chose qui existe déjà dans de nombreux pays, mais que nous oublions malheureusement parfois d’apprécier ? »

Lorsque nous avons décidé de présenter différents équipements d’apprentissage de proximité dans ce numéro, l’entretien avec ma collègue de Bruxelles m’est venu à l’esprit. Il illustre pour moi la tension entre les concepts mondiaux et les réalités locales : d’un côté, nous avons un discours mondial nécessaire au sujet des concepts, des évolutions et des caractéristiques communes, et qui implique très souvent que l’on se livre à un exercice d’étiquetage. Dans notre cas, l’expression « community learning center » fait partie des étiquettes. D’un autre côté, nous avons tout un ensemble de traditions locales et un vaste éventail de méthodes d’apprentissage et de partage au niveau local. Ainsi avons-nous les kominkans au Japon, les universités populaires au Maroc, les cercles d’études dans les pays nordiques, etc. Toutes offrent aux gens des possibilités de s’instruire. Ces institutions représentent la réalité variée et originale de l’éducation des adultes et de l’apprentissage tout au long de la vie. Les reconnaître et les apprécier doit constituer la base de toute réflexion au sujet de l’éducation de proximité. C’est pour cette raison que nous leur accordons une place considérable dans ce numéro d’Éducation des adultes et développement.

Les bonnes pratiques en matière d’éducation de proximité présentées dans cette revue illustrent quelques-uns des avantages essentiels de cette forme d’apprentissage : apprendre au niveau local permet à tout le monde de bénéficier d’un accès facile et à peu de frais à l’éducation, d’assurer que les offres soient diverses, axées sur la demande et sur mesure, et garantit une participation active des apprenants aux prises de décisions et au développement des institutions. Dans un monde où l’écart entre riches et pauvres s’accentue, notamment entre les pays, l’éducation de proximité accorde une attention particulière aux groupes délaissés de la population. Elle prétend fournir une vaste palette d’activités éducatives, permettant ainsi aux centres d’apprentissage de proximité d’atteindre les membres marginalisés de la communauté. S’il est vrai que l’éducation constitue la principale possibilité d’améliorer ses conditions de vie, alors, cette affirmation est cruciale. Dans un monde où le système formel d’éducation ne réussit toujours pas à fournir des offres adéquates à des millions de filles et de garçons, et de femmes et d’hommes, le renforcement des prestataires de services éducatifs non formels devrait être au cœur de l’action. Sinon, les objectifs mondiaux et nationaux de développement, la lutte pour l’alphabétisation et des emplois décents – pour n’en citer que deux – n’aboutiront pas.

Il semblerait que l’on prêche ici à des convertis. Mais qu’en est-il de la réalité ? Beaucoup de gouvernements continuent de négliger l’éducation non formelle. Au Cambodge, par exemple, seulement un pour cent du budget de l’Éducation est affecté à ce secteur. Beaucoup de gouvernements se méfient de ce qui est organisé au plan local. La décentralisation, en particulier dans le domaine de l’éducation, est difficile à accepter. Le niveau local manque de pouvoir et – avant tout – des budgets nécessaires à l’élaboration de services d’éducation de proximité contrôlés par la population locale et répondant à ses besoins. À mon avis, nombre de bailleurs de fonds et d’organisations internationales sont habitués à concentrer leurs efforts au plan mondial – ou tout au moins national – et négligent ou sous-estiment ainsi le potentiel existant au plan local. Espérons que le calendrier de l’éducation de l’après-2015 saura mettre le doigt là-dessus.

Apprendre au sein de sa communauté est une joie. Cela rapproche les gens et leur permet de faire de nouvelles expériences et d’acquérir des compétences et connaissances. Cet apprentissage se déroule dans un cadre sûr et confortable, étroitement lié à la vie de l’individu et de la communauté. Il se peut que ce soit la forme d’éducation la plus démocratique et la plus inclusive. En choisissant les exemples pour notre revue, nous voulions présenter l’originalité de l’éducation de proximité en Afrique, en Asie, en Amérique latine et en Europe. Comme nous l’avons affirmé, les traditions et coutumes locales jouent un rôle important. Toutefois, nous espérons qu’un certain nombre de nos exemples serviront à mettre en valeur des idées et projets nouveaux.

 


 

L’auteur

Uwe Gartenschlaeger est directeur adjoint de DV V International. Il a suivi des études d’histoire et de philosophie à Berlin et Cologne, et travaille pour l’Institut depuis 1995 – dont plusieurs années en tant que directeur national en Russie et en Ouzbékistan. En 2010, Uwe Gartenschlaeger a dirigé la publication d’un numéro d’Éducation des adultes et développement sur les centres d’apprentissage de proximité. Depuis 2008, il est un des vice-présidents de l’Association européenne pour l’éducation des adultes (EAEA).

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