Un séminaire vir tuel international qui embrasse le monde : Éducation des adultes et développement – L’après-2015

Timothy Ireland
Université fédérale de Paraíba
Brésil

 

 

 

 

Résumé – Le séminaire virtuel sur l’éducation des adultes et le développement après 2015 a pris comme point de départ trois articles publiés dans le dernier numéro d’Éducation des adultes et développement (EAD 2013). Il cherchait à stimuler le débat sur les liens existant entre le calendrier du développement de l’après-2015 – notamment au sujet des OMD, des objectifs de l’EPT et des recommandations de la CONFINTEA – et à définir collectivement une façon de progresser vers le délai fixé pour 2015 et au-delà. 



Le Conseil international de l’éducation des adultes (CIEA) et l’Institut de coopération internationale de la Confédération allemande pour l’éducation des adultes (DV V International) entretiennent de longue date un partenariat dans le domaine de l’éducation des adultes et du développement. Ce premier séminaire conjoint qui s’intitulait Éducation des adultes et développement : l’après-2015 a illustré de façon intelligente comment exploiter la longue et riche expérience du CIEA en promouvant des débats virtuels et l’expérience de DV V International, tout aussi longue et riche, en publiant un numéro sur ce thème. Il s’est ensuivi un débat qui s’appuyait sur trois des articles parus dans le dernier numéro d’EAD (2013).
Globalement, quelque 1 050 personnes du monde entier ont participé à un débat dirigé, étalé sur une quinzaine de jours du 10 au 24 mars. L’objectif au sein de cet espace virtuel consistait à stimuler la discussion sur les liens existant entre le calendrier du développement de l’après-2015 – notamment au sujet des OMD, des objectifs de l’EPT et des recommandations de la CONFINTEA. Il s’agissait d’approfondir et d’élargir les analyses présentées dans la revue et de définir collectivement une façon de progresser vers le délai fixé pour 2015 et au-delà.

Le consensus dans la diversité

Malgré les origines nationales et culturelles diverses des participants, plusieurs consensus fondamentaux ont été trouvés. Premièrement, la majorité a reconnu qu’il est important de définir en quelque sorte des objectifs mondiaux pour le développement et l’éducation. De même, ils se sont généralement accordés à dire qu’un nombre considérable de
pays n’atteindra jamais les OMD ni les objectifs de l’EPT et que les progrès vers la réalisation de ce qu’a recommandé la CONFINTEA sont lents et inégaux. Troisièmement, ils ont globalement convenu que pour avancer sur la base des propositions faites en ce qui concerne le calendrier de l’éducation et du développement pour l’après-2015, et en reprenant les mots de Paul Bélanger, nous ne « réussirons […] pas sans un vaste mouvement citoyen revendiquant ce qui manque pour faire de ce calendrier mondial un guide efficace pour les efforts de développement international et national à entreprendre ces quinze prochaines années. » Participer, tel est l’ordre du jour.

Le cas du Brésil

La plupart des lecteurs se rappelleront probablement que la CONFINTEA VI s’est déroulée au Brésil, à Belém do Pará, en
2009. Ils associeront probablement aussi le Brésil avec Paulo Freire, l’éducation populaire et, nous sommes tous humains,
la coupe du monde de football en 2014. Seuls les mieux informés se souviendront probablement qu’en 2014, le Brésil commémore le cinquantenaire du putsch de 1964 qui sonna le glas de ce qui promettait de devenir l’un des programmes nationaux d’alphabétisation les plus ambitieux que le pays avait jamais connus et qui marqua l’incarcération de Paulo Freire, puis son exil. Cinquante ans plus tard, la Commission nationale de la vérité continue d’enquêter sur les graves violations des droits de l’homme perpétrées durant le régime militaire alors que le gouvernement brésilien vient d’organiser un débat sur la participation sociale (Brasília, du 21 au 23 mai) durant lequel il a présenté deux propositions innovantes : une politique nationale de participation sociale qui inclut un système national de participation sociale envisagé en tant que méthode de gouvernement et cadre référence précurseur d’une politique nationale de l’éducation populaire. Ce dernier vise à consolider l’éducation populaire en tant que politique publique intersectorielle et transversale pour la participation des citoyens et la démocratisation de l’État brésilien. Durant ce débat, le Cadre de référence de l’éducation populaire et des dialogues sur les Objectifs du millénaire pour le développement ainsi que les perspectives d’une formulation des Objectifs pour le développement durable ont été dévoilés parallèlement ailleurs. Ces deux évènements symbolisent pour moi d’une certaine manière la séparation physique entre le monde du développement représenté par les OMD et le monde de l’éducation représenté par l’éducation populaire, et la tâche ardue consistant à conjuguer les deux.

L’éducation en tant que droit : l’étape suivante

Durant notre débat virtuel, il est apparu clairement que pour atteindre la majeure partie des objectifs de développement, il faut inclure le développement du pouvoir d’agir au moyen de l’éducation en tant que droit habilitant. Par conséquent,
la nécessité d’inclure un objectif autonome d’éducation, envisageant une éducation de qualité et un apprentissage tout
au long de la vie pour tous, s’appuie sur l’intégration d’un programme fondamental qui consisterait à apprendre, vivre et comprendre la vie.

En ce qui concerne le débat sur l’après-2015, on a vu la nécessité de maintenir l’articulation entre les trois volets de la discussion : le Sommet mondial de la Terre et les Objectifs du développement durable, le renouvellement/la redéfinition des OMD et les objectifs de l’EPT. Il est apparu qu’il faut veiller à ne pas jeter les objectifs éducatifs avec la proverbiale eau du bain du développement. Comme le fait remarquer Alan Tuckett, rien que l’inclusion de deux objectifs de l’EPT dans les OMD a conduit à marginaliser les quatre autres, ce qui a rendu invisible l’éducation des adultes dans l’optique de l’apprentissage tout au long de la vie.

L’apprentissage et l’éducation des adultes tels qu’ils sont exprimés dans le calendrier de la CONFINTEA ont été évoqués par nombre de participants comme des éléments fondamentaux du débat dont ne pas tenir compte se ferait à nos risques et périls.

La diversité du savoir

Il est clair que le débat sur l’après-2015 est un domaine très controversé nécessitant un vrai dialogue interculturel qui prenne en compte les épistémologies du Nord et du Sud. Comme le commente Sofia Valdivielso : il ne peut pas y avoir de démocratie sans reconnaissance de la diversité du savoir. Le conflit actuel ne porte pas tant sur la future architecture du
développement et de l’éducation que sur les valeurs fondamentales de la vie humaine au sein de la communauté admettant que le bien-être et le bonheur de l’homme ne sont réalisables qu’en harmonie avec la coexistence environnementale et planétaire en tant qu’objectif du processus de développement. À cette fin, le séminaire virtuel en appelle à nous tous pour que nous affinions et concentrions nos outils de plaidoyer et nos
énergies afin de nous efforcer de réaliser l’autre monde possible auquel nous sommes attachés.

 


 

L’auteur

Timothy Ireland est professeur assistant d’éducation des adultes à l’université fédérale de Paraíba, à João Pessoa (Brésil). Il a été directeur national de l’Éducation des adultes au ministère de l’Éducation de 2004 à 2007 et a travaillé pour l’UNESCO de 2008 à 2011, période durant laquelle il s’est principalement consacré à la CONFINTEA VI. Depuis 2013, il est membre du comité de rédaction de la revue Éducation des adultes et développement.

Contact
Av. Umbuzeiro, 480

Manaíra – João Pessoa

PB: 58038-180

Brésil
ireland.timothy@gmail.com

 

 

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