Gerd Müller
« L’éducation est pour chacun un droit humain fondamental »

Interview : menée par Johanni Larjanko & Ruth Sarrazin pour DVV International 
Photo : photothek.net

Gerd Müller est Ministre fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement depuis décembre 2013. Depuis 1994, il est député au Parlement fédéral allemand (Bundestag) pour sa circonscription électorale de Kempten, Lindau et Oberallgäu. Jusqu’en 2005, il a été, entre autres, porteparole de la CSU pour les questions de politique étrangère et européenne au Parlement fédéral allemand. De 2005 à 2013, il a été Secrétaire d’État parlementaire auprès du Ministre fédéral de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Protection des consommateurs, chargé, entre autres, des relations internationales, des projets de développement et de l’alimentation dans le monde.
 



Pourquoi le Ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ) soutient-il des projets d’éducation des adultes dans des pays en développement ? 

Pour moi, l’éducation est le secteur clé pour progresser. Son importance pour une évolution sociale durable ainsi que pour la lutte contre la pauvreté et la faim est incontestable. Sans instruction, les gens restent dépendants ; instruits, ils peuvent prendre en main leur propre existence. L’éducation est pour chacun un droit humain fondamental et une base absolument essentielle à toute forme de coopération au développement.

« L’éducation est pour chacun un droit humain fondamental et une base absolument essentielle à toute forme de coopération au développement. »

La politique allemande de développement prend pour cela modèle sur « l’apprentissage (holistique) tout au long de la vie ». Cette expression recouvre une éducation qui s’étend de l’éveil de la petite enfance, des cycles primaire et secondaire, de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur, jusqu’à la formation et l’enseignement professionnel continus. Et cette éducation n’a pas seulement lieu dans le système scolaire de l’enseignement, elle est avant tout aussi dispensée au moyen d’activités éducatives extrascolaires comme celles que DV V International met en œuvre dans le cadre de ses projets. Par exemple en Afghanistan : là-bas, dans ses centres d’éducation et espaces de rencontre, DV V International aide remarquablement bien les gens, notamment les femmes qui d’ordinaire n’ont pas accès au système d’éducation formel, à se former et ainsi à avoir une chance de gagner leur vie.

Qu’est-ce qui vous a personnellement conduit à vous intéresser à l’éducation
des adultes ?

La pédagogie des adultes était déjà l’un des axes principaux de mes études. Les organismes responsables de l’éducation des adultes sont d’importants piliers de la formation et de l’enseignement professionnel continus en Allemagne et des activités de coopération au développement.

Je suis convaincu que l’éducation des adultes, notamment dans les pays en développement, peut contribuer de manière essentielle au développement durable et à la lutte contre la pauvreté, comme c’est par exemple le cas en Afrique où DV V International opère dans neuf pays différents avec le soutien du BMZ. Nous voulons renforcer et élargir ces activités – et nous le ferons.

Selon vous, que peut apporter l’éducation des adultes dans les pays en développement ?

L’éducation des adultes en tant que volet de « l’apprentissage tout au long de la vie » est un élément essentiel pour agir et gagner sa vie de manière autonome. Outre l’enseignement de l’écriture, de la lecture et du calcul, il englobe aussi souvent l’enseignement de compétences pratiques nécessaires dans la vie courante. Je songe ici par exemple aux domaines de la santé, de l’alimentation, du planning familial ou des bases juridiques.

Le vaste éventail des activités de DV V International en Afrique va de projets d’alphabétisation à la formation d’artisans, en passant par des cours destinés à des entrepreneurs dans des domaines allant de la production à la commercialisation de produits ou encore des cours organisés à l’intention de jeunes mères. En même temps, DVV International intervient avec des consultants au niveau de l’administration, aux échelons communal et national, pour améliorer l’environnement pédagogique et les programmes d’enseignement. Ceci contribue à une amélioration de la situation à long terme. Je trouve particulièrement important ici aussi que les filles et les femmes bénéficient des mêmes opportunités que les hommes.

« Il s’agit de créer un ordre mondial humain et juste, qui soit en même temps un système de valeurs et offre des perspectives à tous les êtres humains. »

Quelles sont les priorités de la politique allemande de développement pour les prochaines années ?

Le monde se retrouve confronté à d’immenses défis : la pauvreté et la faim, les guerres, les conflits et les flux de réfugiés, la destruction de l’environnement et le changement climatique – ce sont là des questions cruciales pour la survie de l’humanité, qui exigent que nous agissions ensemble et résolument. Il s’agit de créer un ordre mondial humain et juste, qui soit en même temps un système de valeurs et offre des perspectives à tous les êtres humains. La réalité est bien différente : dans le monde entier, plus d’1,4 milliard de personnes vivent encore dans la pauvreté absolue. Les 20 pour cent les plus riches du monde accaparent 80 pour cent des ressources et sont à l’origine des deux tiers des détériorations de l’environnement et du climat. Un milliard de personnes n’ont rien à manger et souffrent de la faim. De par le monde, 51 millions de personnes fuient leurs régions.

Pour moi, cela signifie une chose : je tiens à faire intervenir la politique de développement là où des changements fondamentaux sont nécessaires. La politique de développement doit contribuer à vaincre la pauvreté et la sous-alimentation, à protéger l’environnement et le climat, à éduquer, à offrir des soins de santé et à instaurer des conditions de travail équitables. Je prends pour cela modèle sur une économie de marché écologique et sociale.

Quels sont les jalons les plus importants que vous avez posés jusqu’à présent en votre qualité de ministre ?

J’ai mis en place quatre nouveaux programmes spéciaux : l’un est intitulé « Un seul Monde sans faim » (Eine Welt ohne Hunger – un projet concernant la stabilisation de la sécurité alimentaire) et les autres portent sur le développement régional de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, l’aide aux réfugiés et la protection du climat. 

Rien qu’à cause de la situation en Syrie, près de trois millions de personnes ont pris la fuite. Nous avons pour cette raison mis 50 millions d’euros d’aide immédiate à la disposition des réfugiés syriens et des communes qui les accueillent, et d’autres moyens conséquents suivront.

De même, nous avons repris nos activités de coopération au développement avec le Soudan du Sud et nous sommes pour la première fois engagés aux côtés de la France en République centrafricaine. Nous avons une nouvelle stratégie pour l’Afrique avec de nouvelles priorités de développement.

Vous voulez changer des structures mondiales. Devons-nous aussi modifier notre façon de penser dans les pays industrialisés ?

Certainement ! Par exemple, le respect de normes de durabilité sociale et écologique, et le commerce équitable sont pour moi des priorités. À mon initiative, des entreprises, des fédérations, des syndicats et la société civile travaillent à la création d’un pacte pour l’habillement durable. L’objectif consiste à permettre à l’avenir aux consommateurs de reconnaître si leur costume ou leur robe a été produit dans des conditions écologiquement et socialement durables.

Que représente la charte pour l’avenir « UN MONDE, notre responsabilité » et comment les acteurs de la société civile peuvent-ils s’investir dans ce cadre ?

Avec la charte pour l’avenir, nous voulons montrer que la politique de développement en faveur d’un développement durable équitable commence chez nous, dans notre vie quotidienne ordinaire : qu’est-ce que je porte ? Qu’est-ce que je
à tous les êtres humains. La réalité est bien différente : dans mange ? Quelle est ma propre empreinte de CO2 ? Chaque jour, par nos actes, nous pouvons assumer une part de responsabilité pour notre planète.

Nous avons entamé un vaste processus de débat, à tous les niveaux de la société : de la société civile, des entreprises, du monde scientifique, des communes, des régions, des organisations gouvernementales et non gouvernementales, et des citoyens. Je souhaite en profiter ici pour inviter une fois de plus tous ces intervenants à y prendre une part active. Nous voulons un vaste débat auquel ils peuvent participer directement par le biais d’un dialogue en ligne et de différents forums thématiques. Ils peuvent aussi volontiers organiser leurs propres manifestations et en apporter les résultats à l’édifice de la charte pour l’avenir.

En ce qui concerne en particulier DV V International, son projet d’« apprentissage global » contribue dans les universités populaires allemandes à sensibiliser les citoyens intéressés au contexte mondial. Ce projet comporte des cours et expositions impressionnants, par exemple sur le thème du travail décent ou du football et de ses tenants et aboutissants mondiaux. Ainsi favorisez-vous l’apparition d’un nouvel état d’esprit dans la société, et je souhaite vous inciter à faire profiter notre débat de vos expériences.

Le gouvernement fédéral allemand a désigné la charte pour l’avenir comme le projet phare de 2014 en matière de stratégie nationale pour le développement durable. En 2015, la charte représentera aussi une puissante contribution allemande apportée aux efforts qui seront alors entrepris pour faire évoluer les Objectifs du millénaire des Nations unies
pour le développement.

Le 24 novembre, à l’occasion d’une conférence sur l’avenir qui se tiendra à Berlin, je remettrai à la Chancelière la charte
qui contiendra les résultats de notre débat public. J’invite cordialement DVV International à assister à cette manifestation.