Les classes inclusives

Rosa María Torres del Castillo (Équateur) est praticienne de l’éducation, linguiste, journaliste spécialisée en éducation et activiste sociale.

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Si nous considérons l’inclusion dans son sens le plus large, aucune éducation n’est plus inclusive que l’éducation des adultes. Ce que les infrastructures et les conditions générales d’enseignement et d’apprentissage ne sont pas en mesure d’offrir est compensé par l’empathie, la résilience, la flexibilité, la camaraderie et la solidarité. Les défis auxquels le système d’éducation formelle a des difficultés à faire face sont résolus de façon presque naturelle par l’éducation des adultes au moyen de l’apprentissage collaboratif, de l’apprentissage intergénérationnel, de l’éducation familiale et de l’éducation communautaire.

L’âge reste le facteur le plus discriminatoire en éducation, en dépit du concept d’apprentissage tout au long de la vie ; l’éducation, le droit à l’éducation et même l’apprentissage restent étroitement associés à l’enfance. Les centres d’éducation des adultes rompent avec cette logique, même s’ils n’ont pas la capacité de vaincre seuls les préjugés. Qu’il s’agisse d’adolescents de 15 ans ou moins, ou de personnes de 90 ans et plus, chacune et chacun peut partager le même espace et apprendre avec les autres, défiant souvent les politiques qui imposent une limite d’âge pour apprendre. La rigidité des classes organisées en fonction de l’âge, caractéristique de l’éducation formelle, n’existe pas dans l’éducation des adultes.

Les centres d’alphabétisation, dans le monde entier, se caractérisent par une présence notable de femmes – des femmes qui voient en l’alphabétisation une chance non seulement d’apprendre, mais aussi de se socialiser, de rencontrer d’autres femmes et d’échapper pendant quelques heures à l’asservissement domestique.

Les espaces d’éducation des adultes sont généralement des espaces d’apprentissage interculturel vers lesquels convergent des gens originaires de lieux divers, d’origines ethniques et de cultures différentes. Ce sont souvent des environnements non seulement multiculturels, mais aussi multilingues.

L’éducation des adultes accueille des gens atteints de toutes sortes de handicaps. Les « solutions » dont j’ai été témoin dans de nombreux centres ont révélé ce qu’il y a de meilleur dans l’être humain, et effacé les frontières entre le possible et l’impossible.

Les adolescents et les femmes enceintes, qui suscitent souvent la désapprobation et sont mêmes exclus des cours formels, sont les bienvenus dans les cours pour adultes, où la remédiation est l'occasion de prendre un nouveau départ, sans crainte. J’ai vu des LGBTI entièrement intégrés dans un groupe, et des étrangers s’y sentir à l’aise. Dans ces centres, même les divergences religieuses, idéologiques et politiques peuvent devenir insignifiantes ou être activement tolérées.

Les centres d’éducation des adultes sont des laboratoires vivants qui permettent de résoudre les problèmes économiques, sociaux et culturels dans des conditions matérielles précaires mais avec une impressionnante richesse humaine et créative. Il est injuste que l’éducation des adultes, dont l’apport et les enseignements sont considérables, reste incomprise, discriminée et sous-estimée dans nos sociétés.