Pour que les sourds deviennent audibles

Pham Anh Duy (Viêt Nam) est président de l’Association des sourds de Hanoï HAD (Hanoi Association of the Deaf).

Contact :
phamanhduy2020@gmail.com

 

 

 


Le Viêt Nam compte environ un million de sourds. Il est difficile pour ces personnes d’avoir accès à l’information, à la santé, à l’éducation, aux transports et autres services sociaux. La langue des signes – la langue des sourds, véhicule de la culture des personnes atteintes de surdité – est pratiquement inconnue au Viêt Nam. On recense actuellement pour elle dix interprètes dans tout le pays. Il est très difficile pour les sourds de se faire entendre au sein de leurs familles, au travail et dans la société.

Au Viêt Nam, il existe pour eux quelques écoles primaires, une poignée d’établissements secondaires et juste deux endroits où ils peuvent pousser leurs études à un niveau supérieur. Dans les écoles qui accueillent des sourds, les enseignants se font essentiellement comprendre au moyen de la lecture labiale. Les élèves sourds, ou malentendants, qui doivent déchiffrer les mots en lisant sur les lèvres des professeurs ne sont pas en mesure de comprendre les cours complètement. Cela influe sur le développement de leur vocabulaire et de leurs compétences linguistiques et de communication, ce qui se reflète dans leurs mauvais résultats scolaires.

Sourd de naissance, j’ai été scolarisé à Hanoï dans une école élémentaire privée pour les sourds, où les enseignants se faisaient comprendre au moyen de la lecture labiale. Alors que le cycle primaire dure normalement cinq ans (du CP au CM2), il m’en a fallu douze pour l’achever. Ensuite, j’ai intégré le secondaire au centre d’éducation pour les sourds de la province Dong Nai – à 1 200 km de chez moi à Hanoï. Là-bas, les professeurs enseignaient dans la langue des signes. J’ai pour la première fois trouvé les cours intéressants. Je comprenais beaucoup plus facilement. C’était un apprentissage complètement différent de ce que j’avais connu. En huit ans, j’ai achevé ma scolarité secondaire, de la sixième à la terminale, puis je suis allé trois ans à l’université. J’ai obtenu mon diplôme d’instituteur du primaire à l’institut universitaire de formation des maîtres de Dong Nai. Aujourd’hui, le pays compte en tout dix-huit diplômés universitaires et un titulaire de maîtrise d’une université américaine.

Actuellement, je suis instituteur en CP à l’école primaire Xa Dan de Hanoï. Aujourd’hui, davantage d’enfants sourds peuvent apprendre la langue des signes, mais ils sont encore trop nombreux à ne pas avoir la possibilité ni d’acquérir une langue, un outil pour communiquer avec le monde extérieur, ni de bénéficierr d’une instruction.

Cette année, j’ai été élu président de l’Association des sourds de Hanoï HAD (Hanoi Association of the Deaf). À la HAD, nous œuvrons à améliorer l’intégration des sourds dans la société et à développer la communauté des personnes atteintes de surdité. Nos ressources sont très limitées, mais la HAD tente de se concentrer sur le soutien de l’éducation. Nous trouvons qu’elle est essentielle au développement d’une communauté telle que la nôtre.

Je souhaite de tout cœur que la société considère les sourds comme des personnes ordinaires et je crois en leurs aptitudes. Le ministère de l’Éducation devrait promulguer des politiques de soutien pour les sourds, notamment pour adultes, que l’on continue d’ignorer, afin qu’ils puissent s’instruire à tous les niveaux éducatifs, dans des cadres formels et/ou non formels.